{"id":971,"date":"2018-01-12T05:44:39","date_gmt":"2018-01-12T04:44:39","guid":{"rendered":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/?p=971"},"modified":"2018-09-11T14:03:10","modified_gmt":"2018-09-11T12:03:10","slug":"a-bicyclette-1-rio-gallegosquelque-part","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/2018\/01\/12\/a-bicyclette-1-rio-gallegosquelque-part\/","title":{"rendered":"A bicyclette (1) &#8211; Rio Gallegos\/Quelque part"},"content":{"rendered":"<h3 align=\"center\">Jour 1 \u2013 Rio Gallegos\/ Quelque part entre Punta Delgada et le Bac vers la Terre de Feu<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"justify\">Mercredi 10 janvier, le r\u00e9veil \u00e0 9h est plus difficile que pr\u00e9vu. L\u2019enregistrement de mon testament vid\u00e9o la nuit pass\u00e9e m\u2019a \u00e9galement emmen\u00e9 plus tard que pr\u00e9vu. Les angoisses morbides de Rafael, et dans une moindre mesure de Lucia, qui m\u2019accueillent, seulement 7 mois apr\u00e8s avoir perdu leur fille dans un accident de v\u00e9lo (ou de camion, au choix) semblent avoir d\u00e9teint sur moi.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais une heure apr\u00e8s la sonnerie de l\u2019in\u00e9puisable \u00ab\u00a0bord de mer\u00a0\u00bb, je dois me rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence face au tas de sacoches pos\u00e9es au pied du v\u00e9lo\u00a0: Il n\u2019existe aucun univers dont les lois de la physique permettraient de les attacher de fa\u00e7on durable sur le v\u00e9lo.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce qui n\u2019est absolument pas ce qui \u00e9tait pr\u00e9vu.<\/p>\n<p align=\"justify\">D\u00e9j\u00e0 que je ne suis pas port\u00e9 sur les adieux, je trouve cette matin\u00e9e d\u00e9finitivement rebutante.<\/p>\n<p align=\"justify\">A 10h30, la magie des tendeurs op\u00e8re. Tout est attach\u00e9 au reste, \u00e0 soi et \u00e0 ce qui peut simultan\u00e9ment tenir et \u00eatre tenu d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. Je me retrouve soudainement possesseur d\u2019une baraque \u00e0 frite sans fourneau ni graillon, et renifle avec componction le nuage de doutes qui n\u2019ose pas sortir de ma bouche sous forme de mots. L\u2019ombre du sommet qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de mon Panzer colle un rhume au caniche des voisins. Et je ne parle que de la face nord.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce qui m\u2019inqui\u00e8te, ce n\u2019est pas de ne pas \u00eatre capable de soulever la partie arri\u00e8re du v\u00e9lo, mais de voir le pneu s\u2019\u00e9craser comme une balle de tennis sur une raquette film\u00e9e au ralenti, allong\u00e9e, caoutchout\u00e9 et gel\u00e9e dans cet \u00e9tat, alors que je me situe toujours \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du v\u00e9lo.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je m\u2019\u00e9tais pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 partir quelques soient les conditions. Tel un spartiate zen, serein avec la mort car heureux de vivre comme je l\u2019entendais. Mais exploser un pneu apr\u00e8s 10 km \u00e0 cause de quelques t-shirts en trop et d\u2019une appr\u00e9ciation assez sur\u00e9valu\u00e9e de mon ind\u00e9pendance nutritionnelle pour les 3 prochaines semaines, \u00e7a non. Ce n\u2019\u00e9tait d\u00e9finitivement pas ce qui \u00e9tait pr\u00e9vu.<\/p>\n<p align=\"justify\">Selfies de rigueur. Posture et sourire victorieux aux c\u00f4t\u00e9s de la b\u00e9cane malgr\u00e9 l\u2019angoisse froide et visqueuse tout juste n\u00e9e au fond de mon estomac. J\u2019embrassais Lucia en la remerciant encore infiniment, incapable de prononcer quoique ce soit d\u2019autre de circonstance, d\u2019un peu \u00e9pique, susceptible de relever ces adieux au niveau qu\u2019ils m\u00e9ritaient.<\/p>\n<p align=\"justify\">A 10h40, je passai la petite barri\u00e8re, m\u2019engageai, chancelant et incertain, dans la rue qui la borde, un \u0153il sur la route, un autre sur le guidon (il tremble?), et les deux autres sur les sacs et le pneu arri\u00e8re qui laissait une empreinte sur l\u2019asphalte mais ne craquait pas encore. Je donnai les premiers coups de p\u00e9dale, zigzaguant dangereusement (pour moi-m\u00eame) dans la ruelle d\u00e9serte, et, reprenant le contr\u00f4le, me dirigeai vers l\u2019avenue, o\u00f9 je devais tourner, et commencer mon p\u00e9riple. D\u2019ici. De Rio Gallegos. A la pointe sud-est de l\u2019Argentine, Terre de feu exclue.<\/p>\n<p align=\"justify\">La route n\u2019\u00e9tait pas totalement lisse. Chaque nid de poule, m\u00eame minuscule, m\u2019apparaissait, en regard du pneu, comme un pi\u00e8ge pr\u00e9par\u00e9 de longue date par les artisans des revers du destin.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je roulais prudemment, et d\u2019autant plus lentement que mon vaisseau de l\u2019espace \u00e9prouvait quelques difficult\u00e9s \u00e0 se mouvoir dans ce dernier.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019avais l\u2019impression de n\u2019\u00eatre qu\u2019inertie en perdition. Ou un trou noir \u00e0 la rigueur. Il n\u2019y avait pas, \u00e0 ma connaissance, d\u2019objet cr\u00e9\u00e9 par l\u2019homme plus pesant que ce v\u00e9lo. J\u2019aurais pu emboutir un porte-avion et me retrouver en tort au moment du constat. Gros Clamart en perspective.<\/p>\n<p align=\"justify\">Pourtant, nouveau trou noir constitu\u00e9, la gravit\u00e9 faisait son \u0153uvre et le monde recommen\u00e7a \u00e0 tourner agr\u00e9ablement autour de moi. J\u2019\u00e9tais libre. Le pneu avant compensait je ne sais comment la semelle arri\u00e8re, et mes jambes, r\u00e9aff\u00fbt\u00e9es par les randonn\u00e9es de No\u00ebl, r\u00e9pondaient pr\u00e9sentes. J\u2019\u00e9tais libre et j\u2019avan\u00e7ais. Je roulais sur mon v\u00e9lo. Pas rapidement, pas comme les motards, les voitures ou les camions qui me d\u00e9passent en klaxonnant. Comme si j\u2019allais enlever le haut pour si peu. J\u2019ai une \u00e9ducation tout de m\u00eame. Pas tr\u00e8s rapidement mais s\u00fbrement. Je roulais sur mon v\u00e9lo, et j\u2019emportais avec moi toutes mes petites affaires. Ma petite maison. Mon ind\u00e9pendance. Ma libert\u00e9. Et c\u2019est comme si je la nourrissais \u00e0 chaque coup de p\u00e9dale. Comme un feutre que l\u2019on fait glisser sur une feuille blanche, comme un balai qui pousse de plus en plus de poussi\u00e8re devant lui au fur et \u00e0 mesure qu\u2019il avance, ma libert\u00e9 grossissait de m\u00e8tre en m\u00e8tre, reprenait du poil de la b\u00eate, s\u2019\u00e9bouriffait d\u2019une solitude choisie en voie d\u2019\u00eatre retrouv\u00e9e et hennissait si fort que j\u2019en souriais.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il faisait un temps magnifique. Un ciel bleu couvert de quelques nuages, et un vent de dos me portaient loin de la grisaille de Rio Gallegos dans les plaines volcaniques de la fronti\u00e8re chilienne. Je d\u00e9passais la derni\u00e8re station de r\u00e9servoirs p\u00e9troliers et j\u2019y \u00e9tais. 50 kilom\u00e8tres et quelques plus loin, la fronti\u00e8re, et derri\u00e8re, l\u2019objectif ambitieux du jour, celui qui me trottait dans un coin de la t\u00eate et qui entrait en compl\u00e8te contradiction avec ce que je m\u2019\u00e9tais promis, de commencer doucement\u00a0: Le bac.<\/p>\n<p align=\"justify\">La travers\u00e9e du d\u00e9troit de Magellan pour rejoindre la Tierra del Fuego, \u00e0 une grosse vingtaine de kilom\u00e8tres derri\u00e8re la fronti\u00e8re, au plus. Une premi\u00e8re journ\u00e9e d\u2019environ 90 km en somme.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019avais les jambes, le vent de dos, je progressais plus rapidement que ce que je pensais. Ce ne serait pas si compliqu\u00e9.<\/p>\n<div id=\"attachment_973\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-973\" class=\"size-large wp-image-973\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2844-1024x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2844-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2844-150x150.jpg 150w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2844-300x300.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2844-768x768.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2844-70x70.jpg 70w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2844-500x500.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2844-800x800.jpg 800w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2844-1000x1000.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-973\" class=\"wp-caption-text\">Super spot pour une pause sandwich. C&#8217;est au kilom\u00e8tre 2658 de la route 3<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\">La route est une double voie simple. Une voie dans un sens, l\u2019autre dans l\u2019autre. Les camions roulent \u00e0 100, les voitures \u00e0 150. Il n\u2019y a pas grand monde, mais quand ils passent, une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 naturelle les poussent \u00e0 optimiser l\u2019aspiration que je pourrais tirer de leur passage. Je me suis rang\u00e9 quelques fois. Les centaines d\u2019avertissement ass\u00e9n\u00e9s chaque jour par la tristesse de Rafael n\u2019ont pas tous pris graine, mais j\u2019\u00e9tais loin de les oublier.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les grandes lignes droites et la g\u00e9ographie on ne peut plus plane des environs offre un terrain favorable aux mirages. La chaleur et la fatigue aidant, la route semble dispara\u00eetre au bout de quelques kilom\u00e8tres et se fondre au ciel. Des voitures volantes apparaissent de temps \u00e0 autre et viennent se poser \u00e0 mesure qu\u2019elles approchent, pr\u00e9sentant \u00e0 mes yeux et \u00e0 mes oreilles tous les atours de la r\u00e9alit\u00e9. Au loin, l\u2019horizon flageole au vent comme la nappe d\u2019une table d\u2019\u00e9t\u00e9, o\u00f9 l\u2019on prend une limonade avant de convier tout le monde \u00e0 admirer les b\u00e9gonias. La chaleur frappe les plaines par vagues et rend, moiti\u00e9 tornade, moiti\u00e9 s\u00e9isme, les montagnes inconstantes.<\/p>\n<p align=\"justify\">C\u2019est \u00e9tonnant de voir comme les camions s\u2019astreignent \u00e0 respecter cette terre de mirage, et apparaissent toujours par deux, l\u2019un derri\u00e8re, l\u2019autre devant. Leur point de croisement n\u2019est \u00e9videmment autre que la portion de route o\u00f9 je me trouve, et l\u2019on m\u2019a klaxonn\u00e9, cette fois-ci sans d\u00e9sir, sans respect, dans l\u2019urgence, pour que je me d\u00e9cale sur les graviers avant que l\u2019on ne m\u2019y boute de force de mani\u00e8re bien cavali\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"justify\">La limonade est \u00e9galement tr\u00e8s pr\u00e9sente sur les bas c\u00f4t\u00e9s, des foss\u00e9s d\u2019environ dix m\u00e8tres de large, qui, de chaque c\u00f4t\u00e9, s\u00e9parent la route des cl\u00f4tures qui la longent. Les bouteilles, plus ou moins remplies, d\u00e9corent, \u00e0 raison d\u2019une tous les cinquante m\u00e8tres, ce paysage bien morne.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je pensais avoir le temps d\u2019\u00e9crire dans ma t\u00eate, mais la majeure partie de mon temps, je la passe concentr\u00e9 sur mon effort, sur la route et ses voitures, ou \u00e0 tenter de trouver une portion de fesse que je n\u2019aurais pas encore exploit\u00e9e et qui m\u2019offrirait un sursis contre la douleur.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je savais que j\u2019allais avoir mal au cul. J\u2019ai le malheur, dans le cas du v\u00e9lo, d\u2019avoir deux boules de muscle et de nerf en guise de fesses, plus d\u00e9pourvues de gras qu\u2019un mouton patagonique (car ils sont rachitiques). Il me manque tout ce qu\u2019il faut. Je m\u2019assois sur mes os.<\/p>\n<p align=\"justify\">Don Rafael m\u2019a rajout\u00e9 une couche de mousse sur ma selle. A l\u2019ancienne, il a enferr\u00e9 le tout avec de la ficelle. C\u2019est un travail de \u00ab\u00a0mec que l\u2019on a colonis\u00e9 et qui est venu travailler chez nous parce qu\u2019on lui a dit qu\u2019il faisait partie de la patrie mais qu\u2019on s\u2019efforce tout de m\u00eame de garder \u00e0 distance par des expressions discriminatoires\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0\u00e7a fait l\u2019taff Fallstaff\u00a0\u00bb comme disait Shakespeare.<\/p>\n<p align=\"justify\">Apr\u00e8s m\u2019\u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9 deux mille fois que j\u2019avais mal au cul, j\u2019ai profit\u00e9 d\u2019une pause sandwich et d\u2019un regard d\u2019aventurier m\u00e9lancolique port\u00e9 sur le lointain pour me dire que je faisais actuellement exactement ce que je voulais, que j\u2019\u00e9tais heureux et que rien, si ce n\u2019est un camion ou un pneu qui explose, voire les deux au mauvais moment, n\u2019allait m\u2019emp\u00eacher de faire ce voyage, et que \u00e7a ne m\u2019avan\u00e7ait \u00e0 rien de me r\u00e9p\u00e9ter que j\u2019avais mal au cul.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019\u00e9tais assez fier de cette prise de conscience. J\u2019ai fini mon sandwich, je suis remont\u00e9 sur le v\u00e9lo. Devant moi, la route \u00e9tait infinie. Derri\u00e8re moi, elle paraissait moins immense car je venais justement de par l\u00e0 (comme l\u2019immensit\u00e9 nous para\u00eet r\u00e9tr\u00e9cie une fois que nous l\u2019avons parcourue). Il n\u2019y avait personne \u00e0 l\u2019horizon, mais apr\u00e8s quelques coups de p\u00e9dale on aurait pu m\u2019entendre dire\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai quand m\u00eame tr\u00e8s mal au cul\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Toute la difficult\u00e9 pour m\u2019arr\u00eater d\u00e9jeuner a \u00e9t\u00e9 de trouver un panneau suffisamment gros pour supporter le v\u00e9lo. Je pensais m\u2019arr\u00eater \u00e0 20 km avant la fronti\u00e8re, et ai du attendre 4 kilom\u00e8tres de plus avant de trouver de quoi poser ma cabane. Ma folie des grandeurs avait encore frapp\u00e9. Dans mon sac, 1 kilo de sandwich m\u2019attendait.<\/p>\n<div id=\"attachment_977\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-977\" class=\"size-large wp-image-977\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2840-e1515731747475-1024x768.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2840-e1515731747475-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2840-e1515731747475-300x225.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2840-e1515731747475-768x576.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2840-e1515731747475-500x375.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2840-e1515731747475-1000x750.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-977\" class=\"wp-caption-text\">Le Guanaco utilise la m\u00eame technique que l&#8217;autruche lorsqu&#8217;il a peur que le vent l&#8217;emporte<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\">A gauche de la route, il n\u2019y avait que des moutons et des guanacos, qui broutaient, un peu stupides, et fuyaient sur mon passage avec de longues secondes de latence. Du c\u00f4t\u00e9 droit de la route, des \u00e9meus picoraient je ne sais quoi, puisqu\u2019ils ne broutent pas, et prot\u00e9geaient leur petits de la rage photographique des cyclistes en s\u2019\u00e9loignant \u00e0 distance suffisante.<\/p>\n<p align=\"justify\">Jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re, le voyage fut paisible. Je m\u2019interdisais de d\u00e9passer un certain seuil d\u2019effort, et si je ne parvenais pas \u00e0 ma\u00eetriser l\u2019agonie de mes arpions, je faisais en sorte de m\u2019\u00e9conomiser les jambes. J\u2019\u00e9tais sous le charme absolu de mon voyage. Le vent de dos adoucissait ce qui aurait pu \u00eatre mordant, et une v\u00e9ritable f\u00e9licit\u00e9 m\u2019envahissait lorsque je prenais de la vitesse dans les descentes. Ce voyage \u00e0 v\u00e9lo m\u2019apparaissait plus facile que pr\u00e9vu. Piqu\u00e9 de douleurs, certes, mais de douleurs tol\u00e9rables, et surtout contr\u00f4lables. Je pouvais avancer vite si le paysage n\u2019avait rien \u00e0 m\u2019offrir. A mon impression premi\u00e8re de libert\u00e9 s\u2019ajoutait un sentiment de puissance, ou sans exag\u00e9rer, de ma\u00eetrise. Je reprenais contr\u00f4le sur les avertissements que l\u2019on m\u2019avait prof\u00e9r\u00e9s. \u00c7a allait \u00eatre long, oui, c\u2019\u00e9tait l\u2019objectif de toute fa\u00e7on, mais \u00e7a n\u2019allait pas \u00eatre si dur que \u00e7a. Le peu d\u2019inqui\u00e9tudes que j\u2019avais form\u00e9es s\u2019envolaient.<\/p>\n<p align=\"justify\">R\u00e9guli\u00e8rement, je m\u2019arr\u00eatais faire pipi. Non pas par faiblesse de vessie ou pure volont\u00e9 de marquer mon territoire, mais pour surveiller mon niveau de d\u00e9shydratation. Il manque toujours quelques petits flacons pour mener des analyses plus pouss\u00e9es, mais on obtient au jus-jet une id\u00e9e plut\u00f4t correcte. Et puis c\u2019est important de voyager l\u00e9ger.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019ai en t\u00eate la voix de mon p\u00e8re qui me rappelle que pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre d\u00e9shydrat\u00e9 il faut boire avant d\u2019avoir soif. Bien \u00e9videmment je ne bois que quand j\u2019ai soif. C\u2019est une technique en d\u00e9cal\u00e9. On ne boit pour la deuxi\u00e8me soif qu\u2019\u00e0 partir de la premi\u00e8re soif. Ainsi, toutes les soifs suivantes sont hydrat\u00e9es au moment des soifs pr\u00e9c\u00e9dentes. Et plus on a soif, plus le taux de r\u00e9ussite est \u00e9lev\u00e9 (il est d\u2019environ 90\u00a0% au bout de 10 soifs). C\u2019est donc une technique \u00e0 utiliser sur le long terme. Pour ceux qui ont une certaine d\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tout ce qui est th\u00e9orique (\u00ab\u00a0La Patrie aux grands hommes reconnaissante\u00a0\u00bb) il est toujours possible de la combiner avec des contr\u00f4les de visu. Moi je fais les deux et j\u2019en suis tr\u00e8s satisfait.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019arrivai \u00e0 la fronti\u00e8re vers 15h30, passai les formalit\u00e9s et me dirigeai vers le contr\u00f4le des bagages. Le passage de fronti\u00e8re Argentine-Chili est assez stricte. Dans les deux sens, tout fruit, l\u00e9gume, fromage, viande, ou autre produit d\u2019origine animale (par exemple le pollen d\u2019abeille), est instantan\u00e9ment extermin\u00e9 par le regard laser des robots douaniers XC-907. J\u2019ai dans la lani\u00e8re de mon sac des graines de lotus que je trimballe depuis le Cambodge, il y 4 ans, si mes souvenirs sont bons. Je les oublie p\u00e9riodiquement et m\u2019en souviens au moment des passages de fronti\u00e8re. Si tout se passe bien, elles restent o\u00f9 elles sont et leur existence sombre \u00e0 nouveau dans l\u2019oubli. Si tout se passe mal\u2026le souvenir d\u2019un voyage \u00e0 Naples, o\u00f9 les douaniers d\u2019Orly ont proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 la destruction d\u2019un petit canif corse qui m\u2019avait \u00e9t\u00e9 offert par ma s\u0153ur et qui s\u2019\u00e9tait perdu dans les tr\u00e9fonds de mon sac, refait surface et br\u00fble comme une mauvaise cicatrice de vacher.<\/p>\n<p align=\"justify\">Heureusement pour moi, les dieux orientaux semblent avoir opt\u00e9 pour une strat\u00e9gie marketing plus agressive \u00e0 l\u2019internationale que les dieux corses (concentr\u00e9s sur le plomb et le saucisson de sanglier au fromage et aux figues). Tous les douaniers-robots \u00e9taient occup\u00e9s \u00e0 se siroter un mat\u00e9 ionis\u00e9, et je suis tomb\u00e9 sur la seule humaine du lot. Elle m\u2019a regard\u00e9 d\u2019un \u0153il torve sortir ma ceinture de sous o\u00f9 je dissimule aussi mon pollen, et, un \u0153il sur le scanner, un \u0153il sur son t\u00e9l\u00e9phone (il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 ce moment l\u00e0 qu\u2019elle doit \u00eatre lib\u00e9r\u00e9e de tous les regards), elle m\u2019a interrog\u00e9 sur ma fl\u00fbte en bambou ramen\u00e9e d\u2019Amazonie, dont je ne me sers, au risque de vous d\u00e9cevoir, quasiment jamais, et sur ma hachette multifonction ramen\u00e9e de Tandil, o\u00f9 le vendeur s\u2019\u00e9tait v\u00e9ritablement bien d\u00e9merd\u00e9 pour me faire croire que j\u2019en aurai forc\u00e9ment besoin un jour (Mais si. \u00c7a-peut-servir.)<\/p>\n<p align=\"justify\">Je suis ressorti de l\u2019inspection g\u00e9n\u00e9rale vers 16h30, \u00e9prouvant d\u00e9j\u00e0 une certaine lassitude \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019attacher et de d\u00e9tacher ma cargaison chaque jour que la r\u00e9volution de la Terre fait.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais j\u2019\u00e9tais au Chili\u00a0! Dans la r\u00e9publique du Chili m\u00eame\u00a0! C\u2019est ce que le panneau vert annon\u00e7ait fi\u00e8rement. Et puis, un peu plus loin, un autre panneau, annon\u00e7a les distances\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">Terre de Feu \u2013 55 kilom\u00e8tres.<\/p>\n<p align=\"justify\">Au d\u00e9but je n\u2019ai pas bien compris. Ils devaient passer par une autre route. Le bac pour traverser le d\u00e9troit de Magellan ne pouvait pas \u00eatre si loin. Sur la carte, je me souviens bien, sur la carte, j\u2019avais regard\u00e9 pourtant, ce n\u2019\u00e9tait pas si loin, il y avait 20 bornes, 30 \u00e0 tout casser.<\/p>\n<p align=\"justify\">55 kilom\u00e8tres \u2026 vraiment\u00a0?<\/p>\n<p align=\"justify\">Je venais de passer d\u2019un objectif difficile d\u2019environ 90 kilom\u00e8tres \u00e0 un objectif tr\u00e8s difficile d\u2019environ 120.<\/p>\n<div id=\"attachment_974\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-974\" class=\"size-large wp-image-974\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2845-1024x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2845-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2845-150x150.jpg 150w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2845-300x300.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2845-768x768.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2845-70x70.jpg 70w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2845-500x500.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2845-800x800.jpg 800w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2845-1000x1000.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-974\" class=\"wp-caption-text\">Cl\u00f4turer l&#8217;horizon<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\">Les premiers kilom\u00e8tres chiliens sont pourtant agr\u00e9ables en ce sens. De longues descentes port\u00e9es par le vent. Des guanaco h\u00e9sitent souvent \u00e0 traverser la route et se poursuivent en punition d\u2019avoir tent\u00e9 ou non. Ils ont un cri beaucoup plus aigu que les alpacas. Les \u00ab\u00a0ZbleuZbleu\u00a0\u00bb guturaux habituels ne servent ainsi \u00e0 rien.<\/p>\n<p align=\"justify\">La route passe au milieu d\u2019un paysage de lande aux doux vallons. En ligne de mire, le d\u00e9troit.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je me dis que je m\u2019arr\u00eaterai pour la nuit \u00e0 Punta Delgada \u00e0 une trentaine de kilom\u00e8tres de la fronti\u00e8re. Mon esprit de comp\u00e9tition me tance, alors je le rabroue sans explications. J\u2019en ai d\u00e9j\u00e0 fait beaucoup. Je suis au mieux en train de me fatiguer pour rien, au pire, en train de me blesser.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mes jambes et mes avant-bras sont rouges de soleil et je commence \u00e0 en avoir marre. Ce n\u2019est pas le but.<\/p>\n<p align=\"justify\">Apr\u00e8s les dix kilom\u00e8tres de mont\u00e9es-descentes relativement rapides, la route qui allait jusque l\u00e0 plein sud s\u2019incline de plus en plus vers l\u2019ouest, insensible au vent qui s\u2019incline lui de plus en plus vers l\u2019est. En moins de temps qu\u2019il n\u2019en faut pour dire \u00ab\u00a0A\u00efe\u00a0\u00bb, j\u2019aper\u00e7ois mon pr\u00e9tendu \u00ab\u00a0seuil de douleur en contr\u00f4le\u00a0\u00bb tomber sous ma roue arri\u00e8re et, cons\u00e9quence de tout ce qui subit le m\u00eame sort, s\u2019encastrer pour toujours dans les fondations romaines recouvertes par la route.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019ai vraiment mal cette fois-ci, et j\u2019ai beau d\u00e9gommer les vitesses une \u00e0 une comme des boites de conserve au possum, je demeure coll\u00e9 \u00e0 la route. Le vent de face n\u2019est pas si puissant, mais il me balaye de tout son long. J\u2019avance par intermittence, lorsqu\u2019un coup de p\u00e9dale s\u2019intercale in extremis entre deux rafales.<\/p>\n<p align=\"justify\">Plus la moindre impression de facilit\u00e9, de ma\u00eetrise, je suis dans le dur alors que je me bagarre contre du pipi de chat pour les standards de la r\u00e9gion. Devant moi, plus aucun mirage, plus aucun camion. Je suis la seule pr\u00e9sence humaine \u00e0 des kilom\u00e8tres.<\/p>\n<p align=\"justify\">Alors je m\u2019arr\u00eate me d\u00e9gourdir les jambes, manger un sandwich que je n\u2019avais pas fini (il y a une grande tol\u00e9rance douani\u00e8re sur les sandwich) et remonte en selle comme on rallume un t\u00e9l\u00e9phone mal charg\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">En arrivant \u00e0 Punta Delgada, deux autostoppeurs me regardent avec piti\u00e9. Un restaurant fait l\u2019angle au carrefour qui m\u00e8ne \u00e0 la ville. Il semble osciller entre l\u2019abandon et l\u2019usage depuis trop d\u2019ann\u00e9es. Une pancarte, incertaine, affiche pourtant qu\u2019il est ouvert. Derri\u00e8re lui, \u00e0 un kilom\u00e8tre, la ville, ses toits rouges et verts, ses lumi\u00e8res. J\u2019y trouverai s\u00fbrement un coin o\u00f9 dormir, une connexion internet, une douche chaude. Je m\u2019arr\u00eate au carrefour et regarde la carte, h\u00e9sitant.<\/p>\n<div id=\"attachment_975\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-975\" class=\"size-large wp-image-975\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2855-1024x768.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2855-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2855-300x225.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2855-768x576.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2855-500x375.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2855-1000x750.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-975\" class=\"wp-caption-text\">Brise-paille<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\">Il y a un peu plus loin une route de ripio, de gravier, qui forme une diagonale sinueuse vers le bac. Je ne sais pas exactement ce qui me pousse \u00e0 m\u2019y engager. Je suis ext\u00e9nu\u00e9 et la perspective de p\u00e9daler encore plus d\u2019une heure pour rejoindre effectivement le bac est absurde. Pourtant, mon intuition m\u2019exhorte \u00e0 fuir la ville, \u00e0 ne pas rechercher de compagnie ce soir, \u00e0 ne pas provoquer ma chance et faire une bonne rencontre. Elle m\u2019exhorte \u00e0 m\u2019enfoncer davantage encore dans la solitude, \u00e0 quitter la grande route, \u00e0 tenter la caillasse malgr\u00e9 mon pneu incertain, et me trouver au milieu des moutons, un endroit o\u00f9 planter ma tente et consommer une partie de l\u2019\u00e9picerie que j\u2019ai bourr\u00e9 dans mes sacoches. Je ne sais pas ce qui m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 suivre cette intuition. Peut-\u00eatre le fait rare de reconna\u00eetre avant le d\u00e9nouement, que c\u2019\u00e9tait effectivement une intuition.<\/p>\n<p align=\"justify\">Apr\u00e8s tout, j\u2019\u00e9tais parfaitement ind\u00e9pendant, et s\u2019il ne me manquait qu\u2019un couteau ac\u00e9r\u00e9 pour me farcir un mouton, je pouvais aussi bien les regarder passer sans animosit\u00e9. Le monde n\u2019en \u00e9tait pas plus laid.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ces landes sont peu nutritives mais belles. Les touffes d\u2019herbes ont \u00e0 leur base une partie morte gris bleue, sorte de racine photographique des nuages plus haut. Je me suis arr\u00eat\u00e9 apr\u00e8s une dizaine de kilom\u00e8tres, heureux d\u2019\u00f4ter mon casque enfin, d\u2019\u00eatre seul sur ce chemin, de rouler au pas en retrouvant le vent de dos. Une plateforme b\u00e9tonn\u00e9e aura attir\u00e9 mon attention. Les moutons et les li\u00e8vres s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 fait la malle. Au centre du terrassement, un trou rectangulaire d\u2019un m\u00e8tre et quelques de profondeur. Une vol\u00e9e de marches permettait d\u2019y descendre. Au fond, un squelette de mouton.<\/p>\n<p align=\"justify\">Autour de la plateforme, de nombreuses pi\u00e8ces de m\u00e9tal rouill\u00e9 semblaient trahir l\u2019industrie qui y prenait place. Une fabrique de m\u00e9tal rouill\u00e9 \u00e0 tous les coups.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019industrie p\u00e9trolif\u00e8re, tr\u00e8s d\u00e9velopp\u00e9e dans ce coin esseul\u00e9, devait en \u00eatre la principale cliente. Ses panneaux, ses barri\u00e8res et ses pipelines pr\u00e9sentaient les m\u00eames signes d\u2019effritement.<\/p>\n<p align=\"justify\">Une petite bruine m\u2019incita \u00e0 interrompre mes \u00e9tirements salvateurs. Il fallait monter la tente.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le soir, je d\u00e9gustais de somptueuses p\u00e2tes cuites dans une soupe instantan\u00e9e \u00e0 la citrouille, et \u00e9crivais tout mon saoul en b\u00e9nissant l\u2019inventeur du sel.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019avais fait 106 kilom\u00e8tres, et j\u2019avais mal au cul.<\/p>\n<div id=\"attachment_976\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-976\" class=\"size-large wp-image-976\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2860-1024x768.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2860-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2860-300x225.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2860-768x576.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2860-500x375.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2860-1000x750.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-976\" class=\"wp-caption-text\">Un peu avant 23 heures<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jour 1 \u2013 Rio Gallegos\/ Quelque part entre Punta Delgada et le Bac vers la Terre de Feu &nbsp; &nbsp; Mercredi 10 janvier, le r\u00e9veil \u00e0 9h est plus difficile que pr\u00e9vu. L\u2019enregistrement de mon testament vid\u00e9o la nuit pass\u00e9e m\u2019a \u00e9galement emmen\u00e9 plus tard que pr\u00e9vu. Les angoisses morbides de Rafael, et dans une [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":972,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,21],"tags":[30,33,29,32],"class_list":["post-971","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ecrits","category-le-vent-voyageur","tag-argentine","tag-chili","tag-ecrits","tag-velo"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/971","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=971"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/971\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1192,"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/971\/revisions\/1192"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/972"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=971"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=971"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=971"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}