{"id":1171,"date":"2018-03-13T22:59:47","date_gmt":"2018-03-13T21:59:47","guid":{"rendered":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/?p=1171"},"modified":"2018-09-11T14:29:22","modified_gmt":"2018-09-11T12:29:22","slug":"a-bicyclette-11-liberte-tousse-nom","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/2018\/03\/13\/a-bicyclette-11-liberte-tousse-nom\/","title":{"rendered":"A Bicyclette (11) &#8211; Libert\u00e9, je tousse ton nom."},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">Lundi 22 janvier \u2013 Ushua\u00efa\/ Quelque part apr\u00e8s Tolhuin<\/p>\n<p align=\"justify\">Tchao Ushuaia,<\/p>\n<p align=\"justify\">Tchao.<\/p>\n<p align=\"justify\">Manu militari, je me botte de la ville sept lieues plus loin, un coup dans les roustons, je p\u00e9dale les poumons \u00e0 l\u2019air des pots d\u2019\u00e9chappement, ressue les premi\u00e8re gouttes d\u2019une nouvelle jeunesse dans l\u2019\u00e9l\u00e9gant va-et-vient vertical des routes \u00e0 flancs de coteaux.<\/p>\n<p align=\"justify\">Tchao Ushuaia, Hush, Hush. Je t\u2019\u00e9cris de mon tra\u00eeneau, filant droit, filant blanc, les gouttes d\u2019encre noire bues s\u00e8ches par les flocons r\u00e9pandus sur mon passage. J\u2019emporte l\u2019hiver avec moi, j\u2019emporte l\u2019hiver dans mes bagages, fouette l\u2019air \u00e0 mon visage que fouette le fouet claquant dans l\u2019air, j\u2019arrime les quiens, rots, taches, pochons, et file en moulinette, l\u00e2chant les chevaux pour dix kilom\u00e8tres.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019ai le genou qui couine, montre les babines, canin kh\u00e2gneux.<\/p>\n<p align=\"justify\">N\u2019ai d\u2019yeux que pour lui, mais pour un temps seulement, \u00e0 la porte de la ville, l\u2019attente m\u2019attend.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ushuaia choy\u00e9e, tu as chu dans mon estime imaginaire, tu m\u2019as fait tousser, grincer des jointures, hoqueter sur l\u2019ar\u00eate. Je me suis senti comme une jouvencelle promise \u00e0 un jeune prince, et \u00e0 qui l\u2019on ram\u00e8ne son excellence Le Flatulent, bon gros ventre du comt\u00e9 voisin. Je soupire encore sur mon rouet et me pique tous les doigts de ne pas t\u2019avoir vraiment trouv\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je pars ainsi.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ainsi je pars.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je pars.<\/p>\n<p align=\"justify\">Lentement.<\/p>\n<p align=\"justify\">Tellement lentement que je ne pars pas.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je reste bloqu\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la ville. Des tas de gens arrivent par la route, en moto, en voiture, ils viennent d\u2019Equateur, du Br\u00e9sil, finissent leur voyage d\u2019un mois, de deux, de six, se prennent en photo \u00e0 ce qu\u2019ils croient \u00eatre l\u2019entr\u00e9e de la ville, sans remarquer qu\u2019il s\u2019ag\u00eet de la sortie, tout sourire, s\u2019y reprenant \u00e0 quatorze fois, demandant aux auto-stoppeurs pr\u00e9sents de bien vouloir leur tenir la g\u00e2chette, la jambe, la main peut-\u00eatre pour se pr\u00e9senter \u00e0 l\u2019autel du bout du monde devant t\u00e9moins, se promettre pour la vie qu\u2019ils en parleront \u00e0 leurs amis et entretiendront le r\u00eave dans son in\u00e9galable puret\u00e9. Et tous acceptent, attendris par leur excitation d\u2019\u00eatre arriv\u00e9s. Comme \u00e0 No\u00ebl, l\u2019insouciance exige de la v\u00e9rit\u00e9 une tr\u00eave.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je n\u2019y \u00e9chappe pas non plus. Ils se photographient comme moi devant ces deux grands piliers \u00e9rig\u00e9s en colonnes hercul\u00e9ennes au bord de la route. Deux grands piliers en bois, grav\u00e9s \u00ab\u00a0Ushuaia\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un grand panneau lat\u00e9ral montre une vue de la ville enneig\u00e9e, blanche \u00e0 souhait, partis les camions, dissimul\u00e9s les conteneurs, \u00e9vanoui le gris, reste le blanc de la ville australe, pleine de montagnes, pleine de l\u00e9gendes, pleine de skieurs autrichiens, \u00e0 tous les coups.<\/p>\n<p align=\"justify\">Personne ne le prend en photo ce panneau l\u00e0. Comme on ne prend pas les photos de plage que les publicitaires pervers d\u00e9versent sur les prisonniers des couloirs du m\u00e9tro parisien. Ce sera pourtant la plus belle vue d\u2019Ushuaia qu\u2019ils verront. Je r\u00eavasse un peu devant en attendant que les voitures \u00e9grainent le nombre de mes concurrents.<\/p>\n<p align=\"justify\">Car je fais du stop, oui. Ce n\u2019est pas que j\u2019ai pris go\u00fbt \u00e0 la bagnole, mais ma bronchite ne m\u2019a pas tout \u00e0 fait l\u00e2ch\u00e9 la grippe, et j\u2019ai beau fouiller, je ne trouve pas en moi le moindre d\u00e9sir de refaire la m\u00eame route en sens inverse. Le vent, \u00e0 \u00ab\u00a0co\u00fbt s\u00fbr\u00a0\u00bb, aura trouv\u00e9 un nouveau col \u00e0 contourner pour revenir souffler de face, et je me souviens avec acuit\u00e9 le bon potentiel de c\u00f4te de quelques descentes. Le relief a lui aussi ses erreurs de vocation.<\/p>\n<p align=\"justify\">Alors j\u2019attends, le v\u00e9lo tout pr\u00eat, pas encore d\u00e9sarm\u00e9. Je r\u00e9serve \u00e0 mon d\u00e9sespoir la possibilit\u00e9 d\u2019enlever la roue avant et d\u2019inventer un quelconque probl\u00e8me m\u00e9canique. Un petit, car en apparence, et c\u2019est apparent, tout va bien. Un probl\u00e8me minuscule, pour lequel on diagnostiquera rapidement et s\u00fbrement un \u00e9lan de fain\u00e9antise\u00a0: \u00ab\u00a0Les freins touchent\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0j\u2019arrive pas \u00e0 passer un pignon\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ma selle est trop basse\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la potence grince des dents\u00a0\u00bb, ou encore, \u00ab\u00a0mon garde-boue a le museau trop court, s\u2019il pleut, j\u2019aurais les chaussettes toutes mouill\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ils ne pourront que m\u2019emmener sachant cela.<\/p>\n<p align=\"justify\">En attendant, je discute avec Juan de Mendoza, qui contre toutes les r\u00e8gles du stop, s\u2019est pos\u00e9 50 m\u00e8tres avant moi. Il habite \u00e0 Tolhuin, o\u00f9 il bouine deux trois trucs d\u2019artisanat avec du bois. Est venu \u00e0 Ushuaia pour acheter des forets, des lames de scie-sauteuse, des bouts de machins, parce que c\u2019est moins cher ici que l\u00e0-bas, mais lui non plus il aime pas trop. Il a les cheveux noirs, un blouson noir et l\u00e8ve le doigt au dernier moment. Il lui manque une petite cicatrice en travers du nez pour parfaire sa gueule de malfrat, mais il ne s\u2019avoue pas vaincu pour autant. Au d\u00e9but, je le regardais de loin, un peu \u00e9chauff\u00e9 de me faire voler la place, et puis foutu pour foutu, voyant que les voitures ne le prenaient pas, ni lui, ni moi, je suis all\u00e9 lui parler, pour passer le temps plus qu\u2019autre chose, de toutes fa\u00e7ons, il \u00e9tait hors de question que je fasse demi-tour. J\u2019attendrais encore quelques heures, et sinon, je p\u00e9dalerais \u00e0 deux jets de pierres et brandirais ma roue, genoux au sol, en pri\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"justify\">Lui badinait, son lev\u00e9 de pouce n\u00e9gligent me rendait nerveux, car il avait un filet de s\u00e9curit\u00e9, un cousin qui, le lendemain, repartait d\u2019Ushuaia en camionnette. Si j\u2019\u00e9tais toujours l\u00e0 en fin de matin\u00e9e, demain, ils me prendraient aussi. Apr\u00e8s 3-4 heures d\u2019attente, vers 15h, il est reparti. Moi j\u2019attendais depuis presque 5 heures. Ma guigne \u00e0 gueule guingoise envol\u00e9e, un gros pick-up RAM s\u2019est arr\u00eat\u00e9 peu de temps apr\u00e8s.<\/p>\n<p align=\"justify\">C\u2019est ainsi que la chance se d\u00e9bloque.<\/p>\n<p align=\"justify\">Umberto, d\u2019ascendance italienne, employ\u00e9 au contr\u00f4le de production chez notre huile de lance nationale, gros capital plus green washing \u00e9gal Total, dans un puits au nord de l\u2019\u00eele, m\u2019a offert une \u00e9chapp\u00e9e belle dans l\u2019atmosph\u00e8re spacieuse et feutr\u00e9e de son tank \u00e0 roulettes. Sans m\u00eame me demander si j\u2019avais un probl\u00e8me. Comme un moteur qui fait des siennes et d\u00e9marre \u00e0 l\u2019\u0153il une fois rendu au garage, je fais tout mon possible pour dissimuler mes acc\u00e8s p\u00e9riodiques de toux grasse. Si je suis malade, il me foutra dehors \u00e0 tous les coups. J\u2019ai un chat dans la gorge, ce doit \u00eatre \u00e7a.<\/p>\n<p align=\"justify\">A l\u2019inverse de beaucoup d\u2019argentins, il prend le temps de r\u00e9fl\u00e9chir avant de parler. Umberto a une voix grave et pos\u00e9e, et des enfants qui ont quasiment mon \u00e2ge. Q\u2019est-ce qu\u2019ils en pensent mes parents, de tout \u00e7a, mon voyage\u00a0? Je lui r\u00e9ponds que \u00e7a prend du temps, mais qu\u2019ils se raisonnent, apprennent \u00e0 l\u00e2cher prise, comprennent que mettre au monde c\u2019est litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0donner\u00a0\u00bb la vie, sans chercher \u00e0 la reprendre, qu\u2019ils sont heureux que je sois heureux, j\u2019imagine. Il s\u2019efforcent en tout cas de m\u2019en convaincre. Lui aussi comprend, et malgr\u00e9 son gros 4&#215;4 pay\u00e9 par l\u2019essence du mal, je le trouve plut\u00f4t cool.<\/p>\n<p align=\"justify\">Malgr\u00e9 toutes mes toux raval\u00e9es, il me d\u00e9pose \u00e0 seulement 30 kilom\u00e8tres d\u2019Ushuaia. Soit-disant qu\u2019il allait pas plus loin. Et moi qui le trouvais cool.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais comment arr\u00eater un tel mojo une fois lanc\u00e9 \u00e0 vive allure\u00a0?<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c0 peine reparti, une autre voiture s\u2019arr\u00eate, voyant le v\u00e9lo \u00e0 terre, inqui\u00e8te. Je les rassure, d\u00e9concert\u00e9s, mais embarque tout autant. L\u2019ambiance est \u00e9trange. Un homme et sa femme, un grand gar\u00e7on, une petite fille, et un chien qui chouine. Ils viennent du Chaco, tout au nord, proche du Paraguay, et parlent vite et peu, comme s\u2019ils manigan\u00e7aient un mauvais coup.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0On va se le faire ce putain de cycliste\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Comment\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Vous rencontrez beaucoup de vos comp\u00e8res cyclistes\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Mon oreille a fourch\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Au prochain pont, on le balance \u00e0 l\u2019eau\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Pardon\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0\u00e7a ne te d\u00e9range pas si on s\u2019arr\u00eate prendre de l\u2019eau\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Il ne me tutoyaient pas avant, si\u00a0? Je laisse ma parano planer \u00e0 sa guise et ne les force pas. Le chien fait la conversation pour quatre.<\/p>\n<p align=\"justify\">On arrive \u00e0 Tolhuin quelques minutes apr\u00e8s un couple d\u2019allemands, pourtant d\u00e9pass\u00e9s sur la route le pouce en l\u2019air. Blitzstop. L\u2019arr\u00eat pr\u00e9vu pour me balancer \u00e0 l\u2019eau s\u00fbrement. Il est pr\u00e8s de 16 heures, les chances de trouver quelqu\u2019un se rar\u00e9fient, et j\u2019ai les pattes qui me d\u00e9mangent. Les 10 kilom\u00e8tres de ce matin m\u2019ont laiss\u00e9s sur ma faim.<\/p>\n<p align=\"justify\">En compagnie, je tousse comme un homme de bonne famille qui s\u2019ennuie, mais les chatouilles s\u2019accumulent et m\u00e8nent par paquets de 20 \u00e0 la r\u00e9surgence d\u2019un homo n\u00e9ant d\u2019air primal, \u00e9ructant en perles baroques les tentures rupestres accroch\u00e9es aux parois de mes derni\u00e8res pulmonaires glaci\u00e8res.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je passe acheter 500 grammes de pain \u00e0 la boulangerie La Union. C\u2019est ma mani\u00e8re \u00e0 moi de mettre ma petite pi\u00e8ce dans la bo\u00eete et de dire merci. Assis sur une bordure de trottoir de la station service YPF, j\u2019avale une conserve de thon et une tomate, deux \u00e9l\u00e9ments revenant avec une r\u00e9currence quasi-n\u00e9vrotique aux menus de la mi-journ\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il est 17 heures, et les chances rar\u00e9fi\u00e9es ne semblent jamais avoir exist\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je me dis que si je ne les vois pas, c\u2019est que je n\u2019y crois pas, et que si je n\u2019y crois pas, c\u2019est que je n\u2019en ai pas envie.<\/p>\n<p align=\"justify\">Me reviennent les paroles de la Rue k\u00e9tanou \u00ab\u00a0La chance ne sourit pas. A ceux qui font la gueule\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Et elle a bien raison. C\u2019est fou comme cette chanson ressemble \u00e0 du Patrick S\u00e9bastien.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019ai plus envie de faire du stop. J\u2019ai envie de p\u00e9daler. C\u2019est ce que les 10 kilom\u00e8tres du matin m\u2019ont mis dans la t\u00eate. Normalement 17 heures, c\u2019est l\u2019heure o\u00f9 l\u2019on arrive.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce jour-l\u00e0, je tousse un coup dans les vapeurs de diesel, recrache la conserve que j\u2019aurais peut-\u00eatre d\u00fb ouvrir avant, et prends la route, qui jet\u00e9e au bord du paysage, semble n\u2019appartenir \u00e0 personne.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je ne le r\u00e9p\u00e9terai jamais assez, et tant que je resterai seul, je ne me lasserai pas de m\u2019entendre me le dire, mais j\u2019adore p\u00e9daler en ces heures tardives.<\/p>\n<p align=\"justify\">Accroch\u00e9s au volant, ils veulent rentrer, rentrer, vite, rentrer. Plus que quelques kilom\u00e8tres et ils y sont, plus que quelques kilom\u00e8tres et &#8230; sans y prendre, gare\u00a0! 5 minutes d\u2019arr\u00eat\u00a0! Tout le monde suspend ton vol un temps. La lumi\u00e8re du soleil leur arrache un moment de contemplation. Massage esth\u00e9tique. Ils ralentissent, assouplis et leurs voitures, empathiques, les ram\u00e8nent \u00e0 bon port, un sourire aux l\u00e8vres, et un klaxon d\u2019encouragement pour le cycliste qui partage ce moment et en profite s\u00fbrement plus que nous.<\/p>\n<p align=\"justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-1100\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3128-1024x768.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3128-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3128-300x225.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3128-768x576.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3128-500x375.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3128-1000x750.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/p>\n<p align=\"justify\">Ils ont raison ces bas de caisse qui r\u00e9sonnent.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019en profite plus qu\u2019eux.<\/p>\n<p align=\"justify\">P\u00e9daler me met en liesse. Partir, encore, pour la deuxi\u00e8me fois de la journ\u00e9e, je m\u2019arrache non seulement \u00e0 l\u2019endroit mais \u00e0 une d\u00e9pendance. Chevaucher mon v\u00e9lo c\u2019est toujours rouler bouler dans les champs de la libert\u00e9 et s\u2019arr\u00eater le c\u0153ur battant \u00e0 faire l\u2019ange au milieu des bl\u00e9s un brin entre les dents.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je mouline le sourire aux l\u00e8vres. Mes yeux rebondissent d\u2019excitation d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l\u2019autre de la route. Satellites percut\u00e9s, empi\u00e9tant chacun sur l\u2019orbite de l\u2019autre. Des filaments de mousse sont jonch\u00e9s d\u2019arbres presque morts selon des angles impossibles. C\u2019est \u00e0 se demander ce que fait la physique. Une c\u00f4te et je d\u00e9bouche sur une vaste plaine jaunie. Une route quasi plate, recourb\u00e9e, engrosse le paysage, contourne les champs, longe une rivi\u00e8re qu\u2019elle enjambe parfois. Dans 5 \u00e0 10 kilom\u00e8tres j\u2019y serai encore. En attendant, mon unique occupation est de p\u00e9daler \u00e0 mon rythme et profiter de la lumi\u00e8re rasante du soleil. Une estancia sur ma gauche me fait de l\u2019oeil, mais je me sens bien, alors je poursuis.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je ne chaume pas, emball\u00e9 par ma forme. Je n\u2019avais pas fait de v\u00e9lo depuis quasiment une semaine. Il y a bien 110 kilom\u00e8tres entre Tolhuin et Rio Grande, la prochaine ville. Plus j\u2019en fais ce soir, moins j\u2019en aurai demain. C\u2019est math\u00e9lliptique. Un peu avant 19 heures, j\u2019avais parcouru 35 kilom\u00e8tres. Dans une courbe, un b\u00e2timent de b\u00e9ton d\u2019un \u00e9tage, visiblement abandonn\u00e9, se dresse \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une antenne. Il y a quelques fogons, des endroits d\u00e9limit\u00e9s pour faire un feu, et des arbres pour s\u2019abriter du vent. J\u2019\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 continuer encore un peu mais je m\u2019arr\u00eate voir. Je ne r\u00e9siste jamais \u00e0 l\u2019envie d\u2019explorer une ruine.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je n\u2019ai pas eu t\u00f4t fait de mettre pied \u00e0 terre qu\u2019un militaire sort du b\u00e2timent et s\u2019avance \u00e0 ma rencontre. Je suis serein, je n\u2019ai rien fait de mal, mais c\u2019est \u00e9trange. Il me salue, rigide, m\u00eame pour un soldat, et se pr\u00e9sente comme un robot tueur nouvelle g\u00e9n\u00e9ration: \u00ab\u00a0Flavio, gardien des lieux\u00a0\u00bb. Il a le visage tann\u00e9, par le soleil ou la salet\u00e9, et un petit foulard kaki nou\u00e9 autour de son cou. A grands pas raides, il me dit qu\u2019il n\u2019y a aucun probl\u00e8me pour camper ici, mais qu\u2019il faut rester de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 de la barri\u00e8re. De l\u2019autre, il y a des chiens sauvages.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je balaye la zone du regard, cherchant d\u2019autres campeurs que les chiens sauvages pourraient attaquer en premier s\u2019ils venaient \u00e0 lancer l\u2019assaut pendant la nuit, mais je suis seul. Seul avec Flavio.<\/p>\n<p align=\"justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-1101\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3132-1024x768.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3132-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3132-300x225.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3132-768x576.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3132-500x375.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3132-1000x750.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/p>\n<p align=\"justify\">Il m\u2019apprend que le b\u00e2timent est un ancien poste de police. Lui vit l\u00e0 depuis quelques ann\u00e9es. Il n\u2019y avait personne pour s\u2019occuper des lieux, et maintenant, il y a lui. Mais attention, il n\u2019est pas r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 pour son gardiennage. \u00ab\u00a0Je suis volontaire\u00a0\u00bb me dit-il, \u00ab\u00a0j\u2019accueille les voyageurs, je v\u00e9rifie qu\u2019ils ne laissent pas leurs d\u00e9chets et qu\u2019ils font bien les feux dans les emplacements pr\u00e9vus \u00e0 cet effet, mais lamentablement &#8230; il y en a beaucoup qui partent en laissant leurs ordures\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Lamentablement\u00a0\u00bb est un mot que Flavio utilise comme un coll\u00e9gien utilise un connecteur logique. Par cons\u00e9quent, il le colle \u00e0 tout bout de phrase et se lamente sans fin des gens qui ont chi\u00e9 dans le puits et rendu l\u2019eau impropre \u00e0 la consommation.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019approuve en silence, d\u2019ors et d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 passer la nuit ici et tirer au clair tout le cocasse de cet \u00e9tonnant personnage.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Ils ont chi\u00e9 dans le puits\u00a0? Les gens sont vraiment &#8230; C\u2019est lamentable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Lamentablement&#8230; Oui&#8230; C\u2019est lamentable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je pense \u00e0 un lamantin attabl\u00e9, des cartes plein les nageoires, jouant au poker menteur avec un de ses amants.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si je ne repars pas, je ne suis plus press\u00e9. Je pose mon v\u00e9lo contre la ruine, ou l\u2019inverse, et laisse Flavio me faire le tour de l\u2019absence de propri\u00e9taire.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans le b\u00e2timent, de grandes ouvertures souffrent au vent la disparition de leurs baies vitr\u00e9es. Un escalier manquant isole le deuxi\u00e8me \u00e9tage. Dans un recoin entre 4 murs, ce qui devaient \u00eatre les cellules, Flavio a tendu une b\u00e2che noire et install\u00e9 son fourbis, sa tani\u00e8re. Il y fait sombre et l\u2019espace d\u00e9gage une forte odeur de feu de bois. Je n\u2019entre pas mais y discerne un matelas. Il m\u2019invite \u00e0 venir prendre un mat\u00e9, mais je pr\u00e9f\u00e8re ne pas trop empi\u00e9ter sur son intimit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je lui demande peu ou prou ce qu\u2019il fait l\u00e0. Son air ahuri m\u2019explique qu\u2019il a termin\u00e9 ses 25 ans d\u2019arm\u00e9e, et que sa grande \u00e2me, sans famille ni attache, car il n\u2019a jamais voulu d\u2019une famille, quand on est soldat, on risque de mourir, comment imposer cela \u00e0 de potentiels femmes et enfants. Comment\u00a0? Comment\u00a0? Non, pas pour lui, trop grande \u00e2me. Comme il n\u2019avait rien ni personne, il est venu s\u2019occuper volontairement de cet endroit.<\/p>\n<p align=\"justify\">Parfois les voyageurs lui offrent des petits trucs pour le remercier de sa pr\u00e9sence. Ce n\u2019est pas grand chose, mais ils comprennent vite qu\u2019il n\u2019a rien. Il a re\u00e7u une belle et grande machette d\u2019un couple br\u00e9silien en camping-car, et s\u2019en sert pour d\u00e9sherber. Des autrichiens ce matin lui ont donn\u00e9 un porte-cl\u00e9 kangourou achet\u00e9 en Australie. Il voyage \u00e0 travers eux aussi.<\/p>\n<p align=\"justify\">A sa ceinture, des chaussettes en boule enroul\u00e9es de scotch noir (je connais la technique pour m\u2019\u00eatre moi-m\u00eame confectionn\u00e9 des coussinets sur mon guidon), simulent la forme d\u2019un pistolet. \u00c7a fait comme s\u2019il y \u00e9tait encore, de fonction.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il ne semble pas toucher la moindre pension de l\u2019\u00c9tat pour ses martiales ann\u00e9es, C\u00e9sar surann\u00e9 ou C\u00e9zanne cisaill\u00e9 entre devoir et m\u00e9moire, il me parle des Malouines o\u00f9 gamin, comme les autres, on l\u2019a soudainement envoy\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Appel\u00e9s pour un exercice, ils sont mont\u00e9s dans l\u2019avion direction la c\u00f4te est.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Chef. Qu\u2019est-ce qui, chef, se, chef, passe, chef\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Croupion, ferme ton croupion, croupion, et discute pas croupion\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Chef, chef\u00a0! Chef, Chef Chef\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Bazard\u00e9s en plein vol, des gamins envoy\u00e9s sur l\u2019\u00eele avec des p\u00e9toires dans les mains contre les grands canons et les feux crois\u00e9s des croiseurs de sa magistrale majestueuse majest\u00e9 d\u2019Angleterre, sainte m\u00e8re du royaume des mers.<\/p>\n<p align=\"justify\">Flavio a vu ses copains mourir pour pas grand chose, et s\u2019est fait le gardien d\u2019une ruine.<\/p>\n<p align=\"justify\">Rien ni personne.<\/p>\n<p align=\"justify\">Trop demander, prendre.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ne rien demander, donner.<\/p>\n<p align=\"justify\">Vivre et laisser vivre.<\/p>\n<p align=\"justify\">Quel clown blanc. Je tousse mes tripes entre chaque question. Lamentablement.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les Malouines sont fran\u00e7aises en plus me dit-il.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je n\u2019en rajoute pas mais nous, on a eu le m\u00e9rite de ne rien demander \u00e0 personne. Toujours tr\u00e8s prude la France sur les questions coloniales.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les premiers habitants d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 \u00e9lever leurs moutons sur ce caillou d\u2019eau froide, battue par l\u2019eau froide des pluies des mers froides qui l\u2019entourent, \u00e9taient malouins. En 1764, des p\u00eacheurs de Saint-Malo qui s\u2019\u00e9taient lass\u00e9s de voir la mer depuis les remparts avaient port\u00e9 leurs mats loin de chez nous. Quelques ann\u00e9es plus tard, l\u2019Espagne avait repris le magot, puis l\u2019Angleterre. L\u2019histoire de cet archipel est assez divertissant. L\u2019hiver n\u2019est pas fini, allez donc lire la page wikip\u00e9dia qui s\u2019y rapporte.<\/p>\n<p align=\"justify\">La guerre de 1982 pour la reconqu\u00eate argentine des Malouines sera un \u00e9chec retentissant pour la dictature de l\u2019\u00e9poque, un succ\u00e8s pour Margaret, et l\u2019occasion pour 907 veuves et orphelins d\u2019apprendre \u00e0 \u00e9peler \u00ab\u00a0martyr\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Selon Flavio, il y eut beaucoup plus de tu\u00e9s apr\u00e8s la guerre qu\u2019avant. 6000 \u00ab\u00a0auto-\u00e9liminations\u00a0\u00bb d\u2019apr\u00e8s son estimation. 6000 suicides post-traumatiques qui ne viendront pas gonfler les listes d\u00e9j\u00e0 longues \u00e9num\u00e9r\u00e9es lors des comm\u00e9morations annuelles.<\/p>\n<p align=\"justify\">Des monuments et des oeuvres artistiques sont d\u00e9di\u00e9es au souvenir de la d\u00e9faite dans toutes les grandes villes du pays. On y affirme par des drapeaux et des panneaux que les Malouines, contre toutes les conventions internationales, sont argentines.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un double discours survit encore, tirant des bords dans le registre de langue footballistique (ou est-ce l\u2019inverse encore une fois?). \u00ab\u00a0En substance, on s\u2019est pris une branl\u00e9e, mais c\u2019\u00e9tait l\u2019Argentine contre le reste du monde, le contraire aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9tonnant\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Apr\u00e8s le match Plougarnel-PSG, tout le monde rentre chez soi.<\/p>\n<p align=\"justify\">Apr\u00e8s la guerre, restent les morts, s\u00fbrement bien contents d\u2019avoir \u00e9court\u00e9 leur temps sur Terre qui n\u2019est de toute fa\u00e7on que douleur et d\u00e9ception du genre humain.<\/p>\n<p align=\"justify\">Flavio fait encore quelques r\u00eaves pas bien roses.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il commen\u00e7ait \u00e0 cailler sec alors je lui ai souhait\u00e9 la bonne nuit. Il est retourn\u00e9 dans sa tani\u00e8re et moi dans la mienne, \u00e0 peine plus parfum\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cette nuit l\u00e0, il a fait entre 0 et 2.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si ce n\u2019\u00e9tait pas devenu aussi tendance de camper l\u2019hiver dans les rues de Paris, j\u2019aurais \u00e9crit un petit paragraphe o\u00f9 j\u2019aurais fait que de me plaindre.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce qui m\u2019inqui\u00e9tais n\u2019\u00e9tait pas tant le froid que les claques qui m\u2019arrivaient dans les poumons \u00e0 chaque tierce, quarte et quinte, toutes les cordes pinc\u00e9es, la main en \u00e9ventail plaqu\u00e9e contre ma gorge, un tapping d\u2019homme des cavernes sur chaque pectoral en ch\u0153ur, chorale d\u2019\u00e9poumoneur.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019avais le brave Flavio pas loin, ses deux dents, une en bas, une en haut. Si une pneumonie m\u2019\u00e9clatait soudainement, que ma pl\u00e8vre sautait \u00e0 l\u2019\u00e9lastique, que mon larynx se brisait comme du cristal et m\u2019entaillait les alv\u00e9oles, si le miel de mon sang s\u2019y d\u00e9versait, p\u00e2teux, collant, il serait le premier \u00e0 me trouver, yeux ouverts.<\/p>\n<p align=\"justify\">Par ce matin frisquet, je serais d\u00e9finitivement froid.<\/p>\n<p align=\"justify\">Encore un.<\/p>\n<p align=\"justify\">Encore un.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je toussais, toussais, \u00e7\u2019avait \u00e9t\u00e9 peut-\u00eatre un peu idiot de reprendre le v\u00e9lo si t\u00f4t.<\/p>\n<p align=\"justify\">Tousse les tous tousseur<\/p>\n<p align=\"justify\">Tousse, tousse donc<\/p>\n<p align=\"justify\">et puis se meurt.<\/p>\n<p align=\"justify\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-large wp-image-1103\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3134-e1520966666984-732x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"732\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3134-e1520966666984-732x1024.jpg 732w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3134-e1520966666984-214x300.jpg 214w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3134-e1520966666984-768x1075.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3134-e1520966666984-500x700.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3134-e1520966666984-1000x1399.jpg 1000w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/IMG_3134-e1520966666984.jpg 1778w\" sizes=\"auto, (max-width: 732px) 100vw, 732px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lundi 22 janvier \u2013 Ushua\u00efa\/ Quelque part apr\u00e8s Tolhuin Tchao Ushuaia, Tchao. 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