{"id":1052,"date":"2018-01-28T23:26:56","date_gmt":"2018-01-28T22:26:56","guid":{"rendered":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/?p=1052"},"modified":"2018-01-28T23:29:50","modified_gmt":"2018-01-28T22:29:50","slug":"a-bicyclette-6-lago-escondidoushuaia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/2018\/01\/28\/a-bicyclette-6-lago-escondidoushuaia\/","title":{"rendered":"A bicyclette (6) &#8211; Lago Escondido\/Ushua\u00efa"},"content":{"rendered":"<h3 align=\"justify\"><\/h3>\n<p align=\"justify\">J\u2019ai \u00e9t\u00e9 r\u00e9veill\u00e9 par un bruit de pas sur le bois. Et puis des voix. Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 11 heures, de nouveaux occupants peut-\u00eatre, partis t\u00f4t de Tolhuin, pr\u00eats \u00e0 profiter de la douceur du lac. J\u2019enfilai de quoi \u00eatre pr\u00e9sentable et me rapprochai de la porte de l\u2019int\u00e9rieur \u00e0 mesure qu\u2019ils se rapprochaient de la porte de l\u2019ext\u00e9rieur. Je ne sais pas bien pourquoi mais j\u2019\u00e9prouvais une l\u00e9g\u00e8re appr\u00e9hension. Peut-\u00eatre parce que j\u2019avais tr\u00e8s largement \u00e9tal\u00e9 mes affaires dans le cabane. Peut-\u00eatre aussi, encore, de faire face \u00e0 un esprit du cyclisme qui imposait de se lever d\u00e8s potron-minet pour atteindre sa destination en d\u00e9but d\u2019apr\u00e8s-midi au plus tard. Il \u00e9tait 11 heures. Je me sentais toujours en faute de me lever \u00e0 cette heure, besoin de r\u00e9cup\u00e9rer ou non. L\u2019anath\u00e8me du stop jusqu\u2019\u00e0 Tolhuin me br\u00fblait encore le front.<\/p>\n<p align=\"justify\">Peut-\u00eatre parce que j\u2019\u00e9tais seul aussi, et qu\u2019ils \u00e9taient plusieurs, et pouvaient \u00eatre n\u2019importe qui.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019ai pouss\u00e9 la pierre du pied, et entrouvert la porte. Devant moi, fid\u00e8le \u00e0 ce que les fen\u00eatres en laissaient transpara\u00eetre, le lac.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les nouveaux venus \u00e9taient mont\u00e9s dans l\u2019autre cabane. Il s\u2019agissait d\u2019un couple et d\u2019un gamin. Ils s\u2019en all\u00e8rent au bout de quelques minutes.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je me pr\u00e9parai mon lait au chocolat et allai m\u2019asseoir au bord du lac, d\u00e9rangeant un groupe de canards qui pensaient avoir trouv\u00e9 un endroit tranquille, et durent pagayer sereinement vers une autre plage.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je prenais conscience en sortant le reste du pain achet\u00e9 \u00e0 la boulangerie et le sachet de \u00ab\u00a0dulce de leche\u00a0\u00bb (qui s\u2019apparente \u00e0 du lait concentr\u00e9 peu sucr\u00e9 et caram\u00e9lis\u00e9) que c\u2019\u00e9tait agr\u00e9able de ne pas avoir \u00e0 se soucier des bestioles dans les sacoches de nourriture. En Amazonie, il fallait absolument tout emballer, plastifier, renfermer, car les fourmis \u00e9taient \u00e0 l\u2019aff\u00fbt du moindre morceau de nourriture exportable, sur leur dos, ou celui d\u2019un hanneton domestiqu\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il y avait des mani\u00e8res de lutter contre cette vigilance de tous les instants, mais elles \u00e9taient relativement co\u00fbteuses, nous ramenant \u00e0 l\u2019\u00e9poque du Far West et des Dalton, o\u00f9 il fallait racheter un coffre toutes les semaines. Par chance, elles n\u2019avaient pas encore appris \u00e0 lire. L\u2019on pouvait toujours se communiquer la combinaison sur un petit papier blanc que l\u2019on br\u00fblait apr\u00e8s, plus par superstition que par s\u00fbret\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il faisait beau quand je suis parti. L\u2019eau du lac, o\u00f9 l\u2019instant d\u2019avant se trouvaient les canards, \u00e9tait cristalline. On y voyait les arbres morts plonger d\u2019une admirable mani\u00e8re. Certains ressortaient pour respirer et restaient coll\u00e9s \u00e0 l\u2019air. Les autres cabanes, qui avaient les vitres p\u00e9t\u00e9es ou le toit arrach\u00e9, s\u2019\u00e9grainaient au bord du lac. Nap\u00e9es de lumi\u00e8re elles en paraissaient presque neuves. Il n\u2019y avait personne, le lac dissimul\u00e9 tenait ses promesses.<\/p>\n<div id=\"attachment_1025\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1025\" class=\"size-large wp-image-1025\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3010-1024x768.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3010-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3010-300x225.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3010-768x576.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3010-500x375.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3010-1000x750.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-1025\" class=\"wp-caption-text\">On dirait que la journ\u00e9e va \u00eatre ensolleill\u00e9e<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\">Aujourd\u2019hui \u00e9tait mon septi\u00e8me jour de voyage \u00e0 bicyclette.<\/p>\n<p align=\"justify\">D\u00e9j\u00e0 une semaine.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019avais p\u00e9dal\u00e9 tous les jours depuis une semaine, et quand j\u2019arriverai \u00e0 Ushua\u00efa, j\u2019aurai parcouru pr\u00e8s de 340 kilom\u00e8tres envers et contre tous les vents. Ce n\u2019\u00e9tait rien, ou pas grand-chose. Une petite semaine, une semaine mignonnette. Une semaine de rien du tout pour tous les cyclistes aguerris que je croisais.<\/p>\n<p align=\"justify\">Pourtant, je sentais d\u00e9j\u00e0 que je touchais par endroits \u00e0 l\u2019essence m\u00eame du cyclotourisme en autonomie. A diff\u00e9rencier de ce que peuvent faire les motards par exemple. Lorsqu\u2019ils nous klaxonnent sur la route, en exprimant par un bouton tout le respect dont ils sont capables, nous, cyclistes, crachons un peu d\u2019acide lactique en pensant \u00ab\u00a0tricheurs de merde\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ils s\u2019arr\u00eatent dans des h\u00f4tels \u00e0 chaque \u00e9tape. De ce fait, ils restent d\u00e9pendants de ces derni\u00e8res, du lieu d\u2019o\u00f9 ils partent et o\u00f9 ils arrivent, ils suivent un trac\u00e9, souvent pr\u00e9-\u00e9tabli, et circulent. A l\u2019inverse, l\u2019autonomie t\u2019offre une libert\u00e9 incomparable. Ta circulation est impr\u00e9visible, et par l\u00e0, se transforme en voyage.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cette sensation de libert\u00e9 incroyable, cette bouff\u00e9e de possibles qui te fourmille dans les pattes et te gonfle le torse comme si l\u2019air que tu respirais venait de l\u2019int\u00e9rieur, je l\u2019ai sentie chaque jour de la semaine en remontant sur mon v\u00e9lo.<\/p>\n<p align=\"justify\">Chaque matin, les premiers m\u00e8tres sont les plus beaux.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce matin-l\u00e0, je suis parti l\u2019amour au ventre. Une longue c\u00f4te m\u2019attendait, mais je n\u2019en connaissais pas encore la couleur, il faisait beau, et j\u2019\u00e9tais sur mon v\u00e9lo. J\u2019ai pris conscience que j\u2019aimerais ressentir cette douceur de vivre chaque matin de ma vie si c\u2019\u00e9tait possible. Que les journ\u00e9es \u00e9taient longues et ext\u00e9nuantes, que je ne pensais \u00e0 partir d\u2019une certaine heure qu\u2019\u00e0 descendre du v\u00e9lo et le mettre au clou, que ce n\u2019\u00e9tait pas pour moi, qu\u2019ils \u00e9taient fous.<\/p>\n<p align=\"justify\">Et puis le matin arrivait. Peu importe le confort du lieu o\u00f9 je m\u2019\u00e9tais arr\u00eat\u00e9. Les commodit\u00e9s qu\u2019il m\u2019offrait.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je sentais une pesanteur en moi, celle d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Et je n\u2019avais qu\u2019une envie. Repartir.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le matin du septi\u00e8me jour, Dieu s\u2019est repos\u00e9. J\u2019ai trouv\u00e9 \u00e7a un peu dommage, il aurait pu en profiter pour refaire le chemin.<\/p>\n<p align=\"justify\">La pluie m\u2019a laiss\u00e9 tranquille les 200 premiers m\u00e8tres, puis a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019abattre. J\u2019ai eu beau me r\u00e9fugier sous un arbre d\u00e9goulinant, il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tremp\u00e9 et moi aussi. L\u2019heure d\u00e9j\u00e0 tardive ne me laissait pas beaucoup de marge de man\u0153uvre. Je suis reparti, incapable de trouver une fen\u00eatre de r\u00e9pit dans l\u2019ond\u00e9e sauvage.<\/p>\n<p align=\"justify\">Petit \u00e0 petit, la pente s\u2019est mise en jambes et me brisait les miennes. Loin au-dessus de moi, j\u2019apercevais la route qui menait au col Garibaldi que je devais rejoindre \u00e0 terme. Des camions progressaient avec lenteur. 310 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9 en 2,8 kilom\u00e8tres m\u2019attendaient. Les rigoles de pluie rigolaient gros dans leurs barbes de boue, et ce sont tous les cailloux et toutes les flaques qui, comme pour une bagarre de coll\u00e8ge, semblaient former cercle autour de moi et parier sur quelle partie de mon corps craquerait en premier.<\/p>\n<p align=\"justify\">Aux premi\u00e8res pentes d\u00e9lirantes je mis pied \u00e0 terre pour ne plus le remettre sur les p\u00e9dales de toute la mont\u00e9e. Mes vieilles baskets glissaient dans la boue, les pneus du v\u00e9lo bloquaient contre les rochers, et les 60 kilos du v\u00e9lo me tiraient vers le bas avec la conviction d\u2019un macchab\u00e9e. Je progressais pas \u00e0 pas dans la pente, m\u2019aidant des freins pour stabiliser une position pr\u00e9caire, s\u00e9curiser une accroche, et pousser comme un b\u0153uf la charrue que le labour empesante.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je retrouvais les sensations que j\u2019avais eues au milieu de la lande face aux rafales de vent o\u00f9 il fallait tout \u00e0 la fois tenir, soulever, et pousser ce v\u00e9lo qui crevait d\u2019envie de se laisser aller en arri\u00e8re. Plusieurs fois je regardai les freins. Il devait y avoir quelque chose qui d\u00e9connait. Le v\u00e9lo ne pouvait pas \u00eatre aussi lourd. Cette fois-ci j\u2019en \u00e9tais s\u00fbr, l\u2019un des freins devait toucher la jante. Mais non. Les roues tournaient aussi librement que possible.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le v\u00e9lo pouvait \u00eatre aussi lourd.<\/p>\n<p align=\"justify\">Au fur et \u00e0 mesure que je gagnais de la hauteur, le lac se d\u00e9voilait, et avec lui, le nuage de drache qui continuait de verser. J\u2019aurais pu attraper la cr\u00e8ve si je n\u2019\u00e9tais pas moi-m\u00eame en plein effort, fumant. Il devait faire 5\u00b0C, et la route du col \u00e9tait encore loin au-dessus de moi.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019ai mis plus d\u2019une heure \u00e0 me sortir de ce chemin. Parfois \u00e0 moiti\u00e9 bloqu\u00e9 dans les pentes les plus aigu\u00ebs et glissantes, arrachant le v\u00e9lo de sa cale comme si je poussais un chariot d\u2019entra\u00eenement \u00e0 la m\u00eal\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"justify\">Arriv\u00e9 en haut, la pluie s\u2019est arr\u00eat\u00e9e comme par magie. Comme si l\u2019\u00e9preuve \u00e9tait finie.<\/p>\n<div id=\"attachment_1029\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1029\" class=\"size-large wp-image-1029\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3020-1024x768.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3020-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3020-300x225.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3020-768x576.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3020-500x375.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3020-1000x750.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-1029\" class=\"wp-caption-text\">En haut du paso Garibaldi<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\">La vue \u00e9tait belle. Il me restait 47 kilom\u00e8tres, et tout sentiment d\u2019heureuse libert\u00e9 s\u2019\u00e9tait \u00e9vanoui. J\u2019\u00e9tais las.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je me rhabillais avant la descente de 7 kilom\u00e8tres qui m\u2019attendait. Les montagnes avaient beau former le sacrum boutdumondesque de la cordill\u00e8re des Andes, elles n\u2019\u00e9taient pas ridicules pour autant. Un cycliste un peu moins charg\u00e9 que moi parvint en haut du col au moment o\u00f9 je m\u2019appr\u00eatais \u00e0 le descendre. Je lui demandai comment il allait.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Beaucoup de mont\u00e9es\u00a0\u00bb s\u2019excusa-t-il, comme s\u2019il me proposerait bien de finir son Burger, mais qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 mang\u00e9 tous les choux de Bruxelles qui l\u2019accompagnaient. Si \u00e7a montait pour lui, c\u2019\u00e9tait tout bon pour moi. La route \u00e9tait un jeu \u00e0 somme nulle.<\/p>\n<p align=\"justify\">La route ne s\u2019est pas av\u00e9r\u00e9e aussi descendante que pr\u00e9vu. Ushua\u00efa \u00e9tait au bord de la mer, mais les kilom\u00e8tres passaient, et point de canal Beagle \u00e0 l\u2019horizon. Chaque virage n\u2019offrait qu\u2019un encart suppl\u00e9mentaire de montagnes et de for\u00eats.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le vent, comme \u00e0 son habitude d\u00e9sormais, soufflait \u00e0 mon encontre. A 20 de moyenne et 50 en rafales. Il fallait p\u00e9daler dans les descentes, comme la veille, et r\u00e9duire le braquet au minimum pour monter la moindre bosse. J\u2019avan\u00e7ais \u00e0 la vitesse d\u2019un escargot, d\u00e9passant \u00e0 peine les 10 de moyenne, et sentais la douleur de mes cuisses irradier peu \u00e0 peu jusqu\u2019aux genoux, ce qui avait l\u2019inconv\u00e9nient de me faire passer des moments vraiment d\u00e9sagr\u00e9ables, mais l\u2019avantage de noyer les \u00e9lancements de mes genoux sous le vernis uniforme d\u2019une douleur plus globale.<\/p>\n<p align=\"justify\">Comme les pr\u00e9c\u00e9dentes, cette journ\u00e9e se transformait en une interminable ode \u00e0 la douleur et je me for\u00e7ais \u00e0 contrebalancer l\u2019instant par la promesse d\u2019une arriv\u00e9e prochaine, toujours prochaine, ou d\u2019une descente, n\u2019aurait-ce \u00e9t\u00e9 qu\u2019une descente, car vers la mer, \u00e0 un moment, il faudrait bien descendre.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais cette descente finale se faisait d\u00e9sirer. Chacun de ses fant\u00f4mes couvait une mont\u00e9e o\u00f9 je m\u2019effor\u00e7ais de ne pas m\u2019arr\u00eater pour ne pas avoir la tentation de ne pas repartir.<\/p>\n<p align=\"justify\">Des Jeep am\u00e9nag\u00e9es \u00e0 6 places, o\u00f9 les touristes pouvaient regarder le paysage \u00e0 travers de grandes vitres, me d\u00e9passaient en cinglant l\u2019espace sans cr\u00e9er la moindre aspiration. Leur carrosserie \u00e9tait sigl\u00e9e du mot \u00ab\u00a0Aventure\u00a0\u00bb d\u00e9clin\u00e9 en au moins trois langues.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je ne pouvais m\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 quelle sorte d\u2019aventure se r\u00e9f\u00e9raient-ils, et si le paiement par carte American Express en faisait partie.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0L\u2019avventura\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0avanti\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0en avant\u00a0\u00bb, l\u2019aventurier avance, il va \u00e0 la rencontre. Et quand des panneaux de signalisation pr\u00e9viennent que la chauss\u00e9e n\u2019est pas dot\u00e9e d\u2019une ligne centrale, ils emploient le terme de \u00ab\u00a0decalzada\u00a0\u00bb. La chauss\u00e9e est d\u00e9chauss\u00e9ifi\u00e9e. Les collants sont les \u00ab\u00a0calzas\u00a0\u00bb, nos chausses \u00e0 nous en termes m\u00e9di\u00e9vaux. \u00ab\u00a0Calzar\u00a0\u00bb serait ainsi \u00ab\u00a0chausser\u00a0\u00bb, et la \u00ab\u00a0calzone\u00a0\u00bb italienne, un chausson.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je me demande si mon blog en italien a\u00e9rerait les pizzerias.<\/p>\n<p align=\"justify\">C\u2019est le genre de choses auxquelles je pense en p\u00e9dalant. Quand mon esprit s\u2019\u00e9gare. Que je lui l\u00e2che la bride avec les voitures et les mont\u00e9es. Qu\u2019il perd un peu les p\u00e9dales, de vue.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce septi\u00e8me jour, je suis parti trop tard pour d\u00e9jeuner. J\u2019ai quasiment fini mon dulce de leche, mais compl\u00e8tement termin\u00e9 mon pain. Et puis j\u2019avais envie d\u2019arriver.<\/p>\n<p align=\"justify\">Alors je m\u2019enfile des barres de c\u00e9r\u00e9ales gonfl\u00e9es au sorbitol et aux p\u00e9pites de chocolat. Avec le froid, elles sont dures comme du nougat, et les p\u00e9pites de chocolat m\u2019apparaissent dans toute leur splendeur industrielle.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019imagine de loin le processus n\u00e9cessaire \u00e0 leur fabrication, les tapis roulants, les entonnoirs et les fours, les p\u00e2tes et les coutelas. Je me retiens pour les manger une par une.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ma m\u00e9moire a un go\u00fbt particulier pour l\u2019anecdote annot\u00e9e, et mon esprit a un go\u00fbt particulier pour annoter la moindre anecdote qui lui passe sous la synapse.<\/p>\n<p align=\"justify\">En croquant dans la barre de c\u00e9r\u00e9ale, une p\u00e9pite de chocolat qui avait \u00e9t\u00e9 simplement pr\u00e9cipit\u00e9e dessus et souffl\u00e9e, j\u2019imagine, d\u2019une sorte d\u2019amidon de ma\u00efs (pour les d\u00e9tails, je pourrais faire appel \u00e0 un expert), est tomb\u00e9e par terre.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mon esprit vagabondait. Je me suis mis \u00e0 imaginer la r\u00e9action d\u2019une fourmi qui passerait par l\u00e0 et qui, cherchant parmi ses pauvres sources alimentaires classiques, tomberait sur cette mine incroyable de carbohydrates\u00a0: Cette p\u00e9pite de chocolat.<\/p>\n<p align=\"justify\">Elle la ram\u00e8nerait \u00e0 la fourmili\u00e8re et serait s\u00fbrement propuls\u00e9e vers les hautes sph\u00e8res de la repr\u00e9sentation syndicale, en cheville avec le pouvoir bien s\u00fbr, mais s\u2019instituant comme une image motivante pour ses camarades. Une sorte d\u2019ouvri\u00e8re mod\u00e8le, une Stakhanov aussi talentueuse que chanceuse, dont le travail, car c\u2019est toujours une question de travail en d\u00e9finitive, mais aussi l\u2019abn\u00e9gation, car l\u2019abn\u00e9gation est m\u00e8re, fille et cousine germaine du travail, auraient \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9s par cette d\u00e9couverte opportune.<\/p>\n<p align=\"justify\">Toutes les exploratrices seraient convoqu\u00e9es \u00e0 des Keynotes de TeamCheeringBuilding, tandis que tous les sous-cadres suivraient des sessions particuli\u00e8res de GroupLeading management avec Fourminov, car ce serait son nom d\u00e9sormais. La fourmili\u00e8re fixerait des objectifs de croissance en termes de d\u00e9couvertes de p\u00e9pites de chocolat et chercherait un optimum de second ordre entre l\u2019effort \u00e0 fournir pour trouver ces exigeantes p\u00e9pites, et l\u2019apport de nutriments qu\u2019elles offriraient \u00e0 la collectivit\u00e9. Une sorte de combinaison g\u00e9niale entre le capitalisme et le fonctionnement traditionnellement stalinien des fourmili\u00e8res.<\/p>\n<p align=\"justify\">Et comment leur en vouloir\u00a0? Le chercheur d\u2019or g\u00e2teux, r\u00e9compens\u00e9 le jour de ses 20 ans par un rocher jaun\u00e2tre mais pr\u00e9cieux, peut-il s\u2019avouer vaincu quand chaque jour vain, apr\u00e8s 50 ans d\u2019efforts infructueux, le rapproche un peu plus d\u2019une deuxi\u00e8me d\u00e9couverte exceptionnelle\u00a0?<\/p>\n<p align=\"justify\">Condamn\u00e9e par le hasard, Fourminov ne pourra qu\u2019errer le restant de ses jours \u00e0 la recherche d\u2019une saveur comparable \u00e0 celle qui conquit un jour ses antennes, et laissa d\u2019aimables traces sur sa chitine lisse et noire.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019ai moi-m\u00eame fait une exp\u00e9rience comparable lorsque j\u2019\u00e9tais plus jeune. A l\u2019\u00e9poque, je gambadais comme un cabri sur les rochers blancs et ac\u00e9r\u00e9s du littoral corse. Mes baskets \u00e9taient comme une seconde paire de pieds pour moi. Ou plut\u00f4t une seconde peau, pour \u00e9viter la contrainte de membres surnum\u00e9raires. Mes articulations \u00e9taient \u00e0 leur apog\u00e9e. En deux mots plut\u00f4t qu\u2019en 84, j\u2019\u00e9tais jeune et fougueux.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je regardais la mer en mettant ma main \u00e0 plat sur mon front, comme le font les capitaines de navire ou les Rockstars, qui ont oubli\u00e9 leurs lunettes de soleil, avant de sombrer, les uns dans l\u2019alcool, les autres dans plus d\u2019alcool.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019ai remarqu\u00e9, car \u00e0 l\u2019\u00e9poque ma vue \u00e9tait \u00e9galement per\u00e7ante, des fourmis qui s\u2019agitaient autour d\u2019un puits minuscule d\u2019o\u00f9 s\u2019\u00e9coulait un liquide brun. On aurait dit, au choix, soit de la merde liquide, soit du caramel. J\u2019ai opt\u00e9 pour la seconde option, y ai tremp\u00e9 mon doigt, et l\u2019ai mis dans ma bouche, car quand on est jeune on fait beaucoup \u00e7a aussi.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019avenir m\u2019aura donn\u00e9 raison, et si \u00e7a n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 le cas je ne serais probablement pas en train de le raconter.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il s\u2019agissait d\u2019une substance sucr\u00e9e, une sorte de nectar de fourmis, une production que je ne leur connaissais pas du fait de leur d\u00e9ficit patent en ailes et en rayures.<\/p>\n<p align=\"justify\">Quoiqu\u2019il en soit, je ne suis jamais parvenu \u00e0 retrouver un tel nectar, et comprends \u00f4 combien par certains soirs d\u2019hiver, la m\u00e9lancolie inique qui surprend Fourminov et tout d\u00e9couvreur \u00e0 qui la d\u00e9couverte se d\u00e9robe comme l\u2019herbe sous le pied du porte-cape d\u2019Attila.<\/p>\n<div id=\"attachment_1031\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1031\" class=\"size-large wp-image-1031\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3026-1024x768.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3026-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3026-300x225.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3026-768x576.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3026-500x375.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3026-1000x750.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-1031\" class=\"wp-caption-text\">Des tourbi\u00e8res<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\">Et puis \u00e0 un moment, j\u2019ai d\u00e9pass\u00e9 le kilom\u00e8tre 42.<\/p>\n<p align=\"justify\">Comme tous les jours depuis une semaine, lorsque je d\u00e9passe le kilom\u00e8tre 42, je me dis que c\u2019est comme si j\u2019arrivais \u00e0 Ch\u00e2teauroux. Quand il me reste une trentaine de kilom\u00e8tres \u00e0 parcourir, je me persuade qu\u2019il s\u2019agit en r\u00e9alit\u00e9, simplement, d\u2019un aller-retour \u00e0 Buzan\u00e7ais. Lorsqu\u2019il m\u2019en reste 15, c\u2019est soit pour un aller simple \u00e0 Buzan\u00e7ais, soit pour un aller-retour Chatillon-Clion. Et lorsqu\u2019on passe au dessous de 5, je m\u2019imagine aller Rue des ponts chez ma mamie et revenir.<\/p>\n<p align=\"justify\">La g\u00e9ographie de mon enfance, celle avec laquelle j\u2019ai construit mon \u00e9chelle des distances, comme lorsque l\u2019on apprend le temps qu\u2019une heure recouvre \u00e0 l\u2019horloge des fours pleins de g\u00e2teaux au yaourt, tente de s\u2019introduire dans mon quotidien. Mais le vent et le relief la d\u00e9boutent sans cesse. Ces villes, ces routes, ces d\u00e9nivel\u00e9s et ces paysages, cette texture de bitume que j\u2019imagine \u00e0 l\u2019autre bout de la Terre, d\u00e9nu\u00e9s de toute r\u00e9elle puissance de comparaison, fonctionnent comme des drapeaux artificiels. Je les plante au petit bonheur de ce territoire inconnu selon une signification qui n\u2019a de sens que pour moi. Ils flottent bien au vent, mais personne ne les voit.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un peu avant le kilom\u00e8tre 3053 de la route 3, j\u2019arrive enfin \u00e0 Ushua\u00efa. Deux autostoppeurs qui attendent devant les panneaux \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la ville, devant lesquels tout le monde se prend en photo, acceptent de me prendre en photo. On est \u00e0 contre-jour, la photo est rat\u00e9e, mais je ne leur en tient pas rigueur car l\u2019arriv\u00e9e n\u2019est pas mieux.<\/p>\n<div id=\"attachment_1033\" style=\"width: 778px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1033\" class=\"size-large wp-image-1033\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3033-768x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"768\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3033-768x1024.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3033-225x300.jpg 225w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3033-500x667.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_3033-1000x1333.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><p id=\"caption-attachment-1033\" class=\"wp-caption-text\">Au bout du monde sous-expos\u00e9<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\">Je suis au bout de mes forces, mais je suis arriv\u00e9 \u00e0 Ushua\u00efa.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ushua\u00efa. Mon imagination p\u00e9tillait \u00e0 seulement rouler ce nom en bouche, et voil\u00e0 que j\u2019y suis, apr\u00e8s une petite semaine et quelques kilom\u00e8tres. J\u2019ai mal au corps, certes, mais c\u2019est presque trop t\u00f4t.<\/p>\n<p align=\"justify\">Imm\u00e9rit\u00e9. Je suis d\u00e9\u00e7u du peu d\u2019\u00e9motion que cela suscite en moi. Je suis \u00e0 Ushua\u00efa. Ushua\u00efa comme ils le vendent, la ville la plus australe au monde, qui dispose de l\u2019a\u00e9roport le plus austral au monde, des pistes de ski les plus australes du monde, et je suppose, des foss\u00e9s pleins de merde les plus australs du monde.<\/p>\n<p align=\"justify\">Une ville qui d\u00e9gueule du marketing et nous accueille par son odeur.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je suis placide car face \u00e0 moi, derri\u00e8re les deux panneaux, la route continue et traverse les nuages de poussi\u00e8re de camions roulant \u00e0 vive allure au milieu d\u2019une zone industrielle.<\/p>\n<p align=\"justify\">La pollution la plus australe au monde est bien pr\u00e9sente. Les d\u00e9p\u00f4ts, les conteneurs, les showroom de bagnoles font concurrence \u00e0 d\u2019autres entrep\u00f4ts, \u00e0 des ateliers de m\u00e9canique et \u00e0 la vue imprenable sur le port et le b\u00e9ton. Ici et l\u00e0 des camions chargent et d\u00e9chargent ce que les bateaux n\u2019ont pas pris. Pour quelques \u00e9cus de diff\u00e9rence, ils traverseront le pays par la route.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les montagnes autour sont belles, mais \u00e0 leur pied, \u00e7a fume, \u00e7a \u00e9clabousse et \u00e7a pue. Les \u00e9gouts sont \u00e0 ciel ouvert dans cette partie de la ville, et une eau grise que je n\u2019avais pas crois\u00e9e depuis <a href=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/2017\/11\/17\/gare-de-buenos-aires\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">la gare de Buenos Aires<\/a> se pr\u00e9cipite vers mes narines. Les derniers kilom\u00e8tres sont d\u00e9cevants et dangereux. La route \u00e0 double sens est \u00e9troite pour le nombre de v\u00e9hicules qui y circule et, traversant pied \u00e0 terre un moment o\u00f9 la route s\u2019\u00e9tait lib\u00e9r\u00e9e, je manque de me faire \u00e9craser par un chauffard qui d\u00e9boule. On reste alors paralys\u00e9 par la peur face \u00e0 la vitesse du pare-choc. Le poids du v\u00e9lo aidant \u00e0 l\u2019inertie, je reculai d\u2019un pas et lui, freinant, passa moins vite que tr\u00e8s vite mais vite quand m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"justify\">A flanc de colline, la ville serpente d\u2019une rue \u00e0 l\u2019autre, de butte en butte. Des paquebots de croisi\u00e8re sont parqu\u00e9s dans le port et les hostels nous font b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un surco\u00fbt de 50\u00a0% sur les prix mondiaux en raison de cette charmante attention touristique.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je m\u2019arr\u00eate \u00e0 l\u2019hostel Mochilero qui offre une nuit gratuite aux cyclistes pour deux nuits achet\u00e9es. A pr\u00e8s de 20\u20ac la nuit (une fortune pour ma semaine \u00e0 moins de 15\u20ac &#8211; peut-on voyager moins cher et plus autonome qu\u2019en v\u00e9lo\u00a0? Pour avoir une r\u00e9ponse d\u00e9taill\u00e9e, envoyez vos dons \u00e0 l\u2019IBAN en pi\u00e8ce jointe), ils peuvent se le permettre. Les matelas sont enrob\u00e9s d\u2019une couverture plastique effroyablement d\u00e9sagr\u00e9able qui renverse le sens habituel des pr\u00e9f\u00e9rences entre le lit et la tente.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mon d\u00e9go\u00fbt des villes carbure \u00e0 plein r\u00e9gime.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais je suis arriv\u00e9 \u00e0 Ushua\u00efa, au bout du monde.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019ai fait mes 50 kilom\u00e8tres dans la douleur.<\/p>\n<p align=\"justify\">A peine arr\u00eat\u00e9, la boule de libert\u00e9 dans mon estomac me p\u00e8se et me tance de m\u2019envoler \u00e0 nouveau. De repartir, de retrouver la nature.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je vais patienter quelques jours, reposer mes genoux, aller me promener peut-\u00eatre, fuir la ville autant que possible.<\/p>\n<p align=\"justify\">M\u00eame s\u2019il s\u2019agit d\u2019Ushua\u00efa. M\u00eame si je suis au bout du monde.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai \u00e9t\u00e9 r\u00e9veill\u00e9 par un bruit de pas sur le bois. Et puis des voix. Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 11 heures, de nouveaux occupants peut-\u00eatre, partis t\u00f4t de Tolhuin, pr\u00eats \u00e0 profiter de la douceur du lac. J\u2019enfilai de quoi \u00eatre pr\u00e9sentable et me rapprochai de la porte de l\u2019int\u00e9rieur \u00e0 mesure qu\u2019ils se rapprochaient de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1047,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[14,21],"tags":[30,29,32],"class_list":["post-1052","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ecrits","category-le-vent-voyageur","tag-argentine","tag-ecrits","tag-velo"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1052","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1052"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1052\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1060,"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1052\/revisions\/1060"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1047"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1052"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1052"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1052"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}