{"id":1036,"date":"2018-01-22T03:44:39","date_gmt":"2018-01-22T02:44:39","guid":{"rendered":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/?p=1036"},"modified":"2018-09-11T14:07:31","modified_gmt":"2018-09-11T12:07:31","slug":"a-bicyclette-3-cerro-sombrero-tolhuin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/index.php\/2018\/01\/22\/a-bicyclette-3-cerro-sombrero-tolhuin\/","title":{"rendered":"A bicyclette (3) &#8211; Cerro Sombrero &#8211; Tolhuin"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">Jour 3\u00a0: Cerro Sombrero\/Cerro Sombrero<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019avais attach\u00e9 les cordes de s\u00fbret\u00e9 de ma tente autour de certains poteaux du deck de bois, en les laissant toutefois ais\u00e9ment enjambables pour ne pas d\u00e9ranger la personne qui viendrait ouvrir les toilettes publiques \u00e0 9 heures. Je l\u2019entendis passer depuis mon duvet, d\u00e9j\u00e0 mi-cuit par ce gros l\u00e2che de soleil qui s\u2019\u00e9tait bien carapat\u00e9 la veille quand la pluie et le vent avaient d\u00e9cid\u00e9 de faire leur show. La tentation de sortir lui demander s\u2019il n\u2019y avait pas de probl\u00e8me \u00e0 ce que je reste terr\u00e9 dans ma tente fut moins forte que la tentation de rester terr\u00e9 dans ma tente quelques heures de plus. Le soleil, lui, n\u2019\u00e9coutait personne. J\u2019affinai ma cuisson.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un peu avant midi, un camion am\u00e9nag\u00e9 immatricul\u00e9 Colombie Britannique s\u2019installa \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Un Fran\u00e7ais et une Qu\u00e9b\u00e9coise en sortirent, on discuta longuement, jusqu\u2019\u00e0 ce que mon d\u00e9part ce jour d\u00e9passe l\u2019improbabilit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Vers 15 heures, je mettais pied en selle, et descendis la courte c\u00f4te qui donnait \u00e0 la ville un air de dos d\u2019\u00e2ne. La route passait juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, en moins d\u2019une minute j\u2019\u00e9tais en piste, et elle \u00e9tait bien droite. Le vent venait d\u2019en face, ou presque, juste ce qu\u2019il faut de c\u00f4t\u00e9 pour te pousser vers les voitures qui te d\u00e9passent. Mais ce dernier, qui roulait depuis plusieurs heures sur ces plaines ennuyantes et plates, s\u2019\u00e9tait endormi au volant. Il ne me vit pas d\u00e9bouler, et me frappa de plein fouet. A la vitesse d\u2019un airbag, mon v\u00e9lo s\u2019\u00e9tait soudainement transform\u00e9 en parachute. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 touch\u00e9 terre, je ne risquais pas grand-chose, mais la chute libre semblait encore possible dans la direction oppos\u00e9e. Elle avait la tentation des grands espaces et des vitesses indolores.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019avais dit \u00e0 Hugo que je ferais demi-tour si \u00e7a soufflait trop. En moins d\u2019un kilom\u00e8tre, je mis pied \u00e0 terre trois fois. J\u2019\u00e9tais contrari\u00e9 dans mon projet d\u2019avancer. Contrari\u00e9 dans mon projet de partir aujourd\u2019hui. Contrari\u00e9 par mes genoux et par ce v\u00e9lo trop lourd. Contrari\u00e9 par le vent, plus fort que jamais. Je n\u2019allais pas faire 10 kilom\u00e8tres avant de m\u2019\u00e9crouler, ext\u00e9nu\u00e9 par plusieurs heures d\u2019effort vain. Et je serai alors au milieu de nulle part, loin d\u2019\u00eatre prot\u00e9g\u00e9 du vent, r\u00eavant, je l\u2019imaginais, de la possibilit\u00e9 d\u2019une bonne douche chaude et d\u2019une soir\u00e9e en agr\u00e9able compagnie que je venais de quitter.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mon esprit de cycliste en devenir me tan\u00e7ait d\u2019\u00eatre plus r\u00e9sistant, de montrer un peu plus de couenne face au vent, que Diable\u00a0! Un gros monsieur en costume militaire m\u2019engueulait en arri\u00e8re-plan, mais je ne l\u2019entendais pas avec ce qui soufflait. Tout ce que je voyais, c\u2019\u00e9tait sa bedaine d\u00e9gueulant entre sa veste et son pantalon. Un mirage, rien de plus.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je me secouais les larmes de yeux, et fit demi-tour. \u00c7a n\u2019avait pas de sens de partir \u00e0 cette heure et par ce vent. J\u2019allais revenir \u00e0 Cerro Sombrero, et prendre les d\u00e9cisions qui s\u2019imposaient.<\/p>\n<p align=\"justify\">Comme pleurer un bon coup sous l\u2019eau chaude et acheter une tablette de chocolat.<\/p>\n<p align=\"justify\">Comme par magie, d\u00e8s que je me d\u00e9cida \u00e0 aller en sens inverse, le vent, s\u00e9v\u00e8re n\u00e9gociateur, devint mon plus fid\u00e8le alli\u00e9, mon plus fid\u00e8le ami. Sans p\u00e9daler, j\u2019atteignis rapidement les 30 \u00e0 l\u2019heure, et rentrai en moins de deux au bercail d\u2019un soir.<\/p>\n<p align=\"justify\">A mon retour, Audrey et Hugo ne se fich\u00e8rent pas de moi. Ils avaient un moteur sous le si\u00e8ge eux. J\u2019\u00e9tais toujours une sorte de h\u00e9ros malgr\u00e9 mon abandon. Un h\u00e9ros un peu ab\u00eem\u00e9, bross\u00e9 de c\u00f4t\u00e9, un peu moins reluisant, mais un h\u00e9ros quand m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"justify\">Avant d\u2019acheter du chocolat, j\u2019en ai profit\u00e9 pour aller me promener dans la ville. Cerro Sombrero a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e de toutes pi\u00e8ces par l\u2019entreprise nationale du p\u00e9trole chilien (l\u2019ENAP). On y trouve un cin\u00e9ma, qui ne fonctionne pas \u00e0 plein, ni m\u00eame \u00e0 demi-plein, et \u00e0 peine sur la r\u00e9serve, mais accueille de temps \u00e0 autres des projections s\u00fbrement fort int\u00e9ressantes sur les diverses r\u00e9alisations de l\u2019ENAP. Il y a un gymnase gigantesque en plein centre pour que les troupes se maintiennent en forme. Toute la ville s\u2019y retrouve \u00e0 un moment ou \u00e0 un autre de la journ\u00e9e.<\/p>\n<div id=\"attachment_997\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-997\" class=\"size-large wp-image-997\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2896-1024x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2896-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2896-150x150.jpg 150w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2896-300x300.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2896-768x768.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2896-70x70.jpg 70w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2896-500x500.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2896-800x800.jpg 800w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2896-1000x1000.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-997\" class=\"wp-caption-text\">On peut y voir les nouveaut\u00e9s de 1993 tous les jeudi en 4<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\">La grande majorit\u00e9 des habitants travaille directement pour l\u2019ENAP. L\u2019autre grande majorit\u00e9 travaille pour les habitants qui travaillent pour l\u2019ENAP.<\/p>\n<p align=\"justify\">La ville poss\u00e8de une \u00e9glise au toit tr\u00e8s pentu, et un wifi de qualit\u00e9, gratuit.<\/p>\n<p align=\"justify\">Comme pour les douches chaudes, c\u2019est le p\u00e9trole qui paye. Assez pragmatique, je sais bien mettre ma conscience \u00e9cologique de c\u00f4t\u00e9 quand les conditions l\u2019imposent.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le mus\u00e9e partage le m\u00eame b\u00e2timent que la biblioth\u00e8que, et l\u2019unique employ\u00e9e assure les deux fonctions d\u2019une salle l\u2019autre. On peut y voir des silex taill\u00e9s, quelques pointes de fl\u00e8che, des vieux pots, et des outils indiens. Les Selk\u2019Nam, les indiens qui ont \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s de tout un continent depuis l\u2019Alaska, se sont retrouv\u00e9s \u00e0 vivre sur la seule partie du globe que personne ne voulait : Ici, sur la Terre de feu.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ils vivaient nus sous leurs peaux de guanacos, et fabriquaient leurs arcs avec des c\u00f4tes de baleines \u00e9chou\u00e9es. Quand les \u00e9chouages de baleines se faisaient rares, ils les faisaient en bois, comme tout le monde. Un de ces arcs est expos\u00e9 dans le mus\u00e9e de Cerro Sombrero. Les explications sont \u00e9crites en tout petits caract\u00e8res sur de tout petits bouts de papiers. Comme des po\u00e8mes salaces envoy\u00e9s en boulette a\u00e9rodynamique d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de la classe. Dans les ann\u00e9es 50. Maintenant les portables permettent d\u2019\u00e9crire de la po\u00e9sie dans une toute autre tranquillit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il faut avoir tr\u00e8s tr\u00e8s envie d\u2019en apprendre sur les indiens pour les lire. Pour un peu, on pourrait croire que l\u2019employ\u00e9e du mus\u00e9e a une dent (de tigre \u00e0 dent de sabre) contre les indiens.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il ne doit pas y avoir beaucoup de touristes qui passent ici, mais depuis peu, \u00e7a augmente. Les douches publiques et le wifi gratuit ont \u00e9t\u00e9 un vrai coup de ma\u00eetre en termes de marketing. Je n\u2019ai pas manqu\u00e9 de remercier la municipalit\u00e9 pour cette v\u00e9ritable offrande aux voyageurs et devant l\u2019empressement de la dame \u00e0 me faire signer le livre de bronze du mus\u00e9e, ai marqu\u00e9 en gros que j\u2019\u00e9tais Fran\u00e7ais.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je suis all\u00e9 faire mes courses dans une toute petite \u00e9picerie \u00ab\u00a0Chez Patty\u00a0\u00bb. Patty, la patronne, fume derri\u00e8re le comptoir pour aromatiser les tomates. Son petit chien patientait calmement que les clients remontent dans leur voiture pour en assaillir les pneus.<\/p>\n<p align=\"justify\">Lorsqu\u2019on ach\u00e8te quelque chose au Chili, ils font une petite facture au stylo sur du papier \u00e0 double empreinte et nous donnent l\u2019exemplaire en bleu. C\u2019est pour les taxes. Cette coquine de Patty n\u2019a pas tr\u00e8s bien fait le 9 de 900, de telle sorte qu\u2019on dirait un 8. De 15 centimes d\u2019euros en 15 centimes d\u2019euros, je me demande combien parvient-elle \u00e0 gratter chaque semaine, chaque mois, chaque ann\u00e9e. Je l\u2019ai regard\u00e9 dans les yeux Patty. Elle m\u2019a rendu mon regard, l\u2019air de rien. J\u2019ai souri et puis je suis reparti. Le petit chien lorgnait sur mes pneus, je n\u2019\u00e9tais pas encore sorti d\u2019affaire.<\/p>\n<div id=\"attachment_995\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-995\" class=\"size-large wp-image-995\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2889-1024x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2889-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2889-150x150.jpg 150w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2889-300x300.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2889-768x768.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2889-70x70.jpg 70w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2889-500x500.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2889-800x800.jpg 800w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2889-1000x1000.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-995\" class=\"wp-caption-text\">Chez Patty<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\">J\u2019ai partag\u00e9 ma tablette avec Hugo et Audrey et on a discut\u00e9 longuement de voyages dans leur joli camion am\u00e9nag\u00e9 tout en bois \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Sur son t\u00e9l\u00e9phone, Hugo garde une photo par pays travers\u00e9. C\u2019est une technique impressionnante. On gagne du temps mais j\u2019avais l\u2019impression de regarder le catalogue d\u2019une agence de voyage quand il me les a montr\u00e9es. Je ne pensais pas que ces vues \u00e9taient r\u00e9ellement r\u00e9elles. Avec du recul, je ne parviens toujours pas \u00e0 savoir s\u2019il a tir\u00e9 toutes les photos de Google ou s\u2019il les a vraiment prises lui-m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"justify\">La flemme et l\u2019inqui\u00e9tude de remonter ma tente cass\u00e9e m\u2019ont convaincu de dormir dehors, \u00e0 la belle \u00e9toile. Je me suis allong\u00e9 derri\u00e8re la municipalit\u00e9, au pied d\u2019une goutti\u00e8re, en priant pour qu\u2019il ne pleuve pas, car le rebord du toit me prot\u00e9gerait un temps de ce que la goutti\u00e8re finirait par me rendre, et en esp\u00e9rant que les marketeurs de Wayra (qui signifie \u00ab\u00a0vent\u00a0\u00bb en quechua) n\u2019aient pas menti sur le duvet en duvet d\u2019oie. Ou de canard.<\/p>\n<div id=\"attachment_998\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-998\" class=\"size-large wp-image-998\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2898-1024x768.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2898-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2898-300x225.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2898-768x576.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2898-500x375.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2898-1000x750.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-998\" class=\"wp-caption-text\">Derri\u00e8re la municipale goutti\u00e8re<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\">Le ciel n\u2019avait rien d\u2019exceptionnel pour un presque bout du monde. Quelques \u00e9toiles brillaient, inconnues au bataillon des flammes de soldats.<\/p>\n<p align=\"justify\">Avant de m\u2019endormir, j\u2019ai vu un renard passer en contrebas, \u00e0 7 m\u00e8tres tout au plus de moi. Il s\u2019arr\u00eatait tous les 5 m\u00e8tres pour sentir quelque chose. J\u2019imagine qu\u2019il m\u2019avait remarqu\u00e9, mais il n\u2019avait pas l\u2019air tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9 par ma pr\u00e9sence. C\u2019est un peu vexant tout de m\u00eame quand un animal sauvage t\u2019ignore. Lorsque j\u2019ai voulu le lui faire remarquer d\u2019un claquement de langue, il s\u2019est arr\u00eat\u00e9 pour sentir quelque chose d\u2019autre, m\u2019ignorant doublement, et une \u00e9toile filante a chu vers l\u2019horizon.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je n\u2019avais fait que 2 kilom\u00e8tres \u00e0 tout casser, su\u00e7ant comme un gamin les deux faces aigres-douces de la m\u00e9daille du vent.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le lendemain, je me levais \u00e0 6 heures, comme un cycliste, comme un h\u00e9ros.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0D\u00e8s que le vent soufflera moins, je repartirai &#8230;\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" title=\"Renaud -- D\u00e9s que le vent soufflera\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/hWtugydBz-Y?feature=oembed\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe><\/p>\n<p align=\"justify\">Jour 4 \u2013 Cerro Sombrero\/Tolhuin<\/p>\n<p align=\"justify\">Je me suis r\u00e9veill\u00e9 comme pr\u00e9vu \u00e0 6 heures. Le renard s\u2019\u00e9tait \u00e9vanoui avec les rares \u00e9toiles.<\/p>\n<p align=\"justify\">A 6h30, j\u2019\u00e9tais sur le v\u00e9lo, pr\u00eat \u00e0 affronter le vent. Je pensais laisser un mot sur le camion d\u2019Audrey et Hugo, et puis un autre sous la porte de l\u2019office de tourisme pour les remercier pour l\u2019accueil, mais je n\u2019en fis rien. Ils verraient tous bien que j\u2019avais mis les voiles. Le vent lui aussi \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 lev\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je croisais quelques voitures rouges de l\u2019ENAP. Le pompiste de la station, solitaire devant son journal, me regarda passer avec ses yeux. J\u2019\u00e9tais trop loin pour discerner s\u2019ils \u00e9taient ronds ou hagards, mais je les suspectais \u00e0 tout le moins d\u2019\u00eatre intrigu\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il faisait frisquet, un petit 5\u00b0C au compteur \u00e0 tout casser.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je redescendais la pente qui donnait \u00e0 la ville son air de mule qui dort, et m\u2019enfournai comme hier dans le souffle des plaines, \u00e9couteurs aux oreilles, bien pr\u00e9par\u00e9 cette fois \u00e0 baisser la t\u00eate et partir, quoiqu\u2019il m\u2019en esbrouffe.<\/p>\n<p align=\"justify\">Pendant 6 kilom\u00e8tres, la route penchait vers l\u2019ouest, face au vent. Il ne soufflait qu\u2019\u00e0 30 ce matin. Les environs \u00e9taient plats, si ce n\u2019est la torch\u00e8re du complexe visible de loin. J\u2019avan\u00e7ais lentement mais s\u00fbrement, rassur\u00e9 d\u2019avoir fait le bon choix et de ne pas m\u2019\u00eatre ent\u00eat\u00e9 \u00e0 partir la veille.<\/p>\n<p align=\"justify\">Puis la route s\u2019inclina et le vent devint moins p\u00e9nible, presque aidant.<\/p>\n<p align=\"justify\">Peu \u00e0 peu, elle s\u2019\u00e9leva et commen\u00e7a \u00e0 passer de vaux en vaux \u00e0 travers les collines. Le changement de paysage me fit oublier l\u2019\u00e9chec de la veille et le d\u00e9part difficile. Pour la premi\u00e8re fois depuis trois jours, je prenais un peu de hauteur sur les environs.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le bitume serpentait du sud-ouest au sud-est, d\u00e9pla\u00e7ant mon v\u00e9lo tour \u00e0 tour de trois-quart dos au trois-quart face. Lorsqu\u2019il \u00e9tait de face, je marquais le pas, d\u00e9pla\u00e7ant mon braquet vers le plus grand pignon, gardant en r\u00e9serve le petit plateau si la situation l\u2019exigeait.<\/p>\n<p align=\"justify\">Lorsqu\u2019il \u00e9tait quasi de dos, je profitais du r\u00e9pit pour ne presque pas p\u00e9daler, appr\u00e9cier le paysage et gueuler apr\u00e8s les moutons et autres guanacos. \u00c7a les changeait des klaxons.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le vent venant de la droite, je roulais \u00e0 gauche de la route pour \u00e9viter \u00e0 l\u2019accident de croire un peu trop en sa chance. Certains automobilistes me klaxonnaient ou faisaient de grands gestes derri\u00e8re leur petit pare-brise, bien au chaud qu\u2019ils \u00e9taient, mais j\u2019\u00e9tais toujours trop lent pour leur crier d\u2019aller se faire voir. Ou eux trop rapides. Une culpabilit\u00e9 me saisissait \u00e0 certains moments. J\u2019aurais voulu qu\u2019ils s\u2019arr\u00eatent, qu\u2019ils me laissent une chance de leur expliquer, de leur montrer<\/p>\n<p align=\"justify\">.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Regarde. Simple. Vent = Droite. Emile = Fragile. Ecart = Voiture donc Emile = Mort. Sauf si Emile est \u00e0 gauche. CQFD. Maintenant tu remontes dans ton char, tu r\u00e9serves tes klaxons aux guanacos et tu fous la paix aux cyclistes.\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais ils ne s\u2019arr\u00eataient pas.<\/p>\n<p align=\"justify\">Heureusement que je n\u2019avais pas un gros drapeau fran\u00e7ais sur mon paquetage.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce pourrait \u00eatre une id\u00e9e d\u2019ailleurs. Mais quel pays saboter\u00a0?<\/p>\n<p align=\"justify\">Les grandes descentes \u00e9taient l\u2019occasion de grandes vacances et de grandes f\u00e9licit\u00e9s. Une sensation de libert\u00e9 m\u2019envahissait, chassant la douleur, le froid et le r\u00e9veil matinal.<\/p>\n<div id=\"attachment_1002\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1002\" class=\"size-large wp-image-1002\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2919-1024x768.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2919-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2919-300x225.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2919-768x576.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2919-500x375.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2919-1000x750.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-1002\" class=\"wp-caption-text\">La descente vue de dos<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\">Les collines s\u2019\u00e9talaient dans le lointain, parfois mouvantes, ce n\u2019\u00e9taient qu\u2019un troupeau de guanacos qui se d\u00e9pla\u00e7ait, et la route sinueuse, aux bandes jaunes tr\u00e8s nord-am\u00e9ricaines, donnaient au tableau des airs de Canada. Comme si cela ne suffisait pas d\u2019\u00eatre en Terre de Feu, qu\u2019il fallait en plus s\u2019imaginer dans le Grand Nord.<\/p>\n<p align=\"justify\">Non content de vivre le r\u00eave, on claque la bride sur l\u2019encolure du cheval soufflant.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il en faut toujours plus. Il faudrait qu\u2019on soit le premier et le dernier. Souffrir jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ultime limite mais s\u2019en tirer glorieux. Voir dans l\u2019instant, la puissance des \u00e9l\u00e9ments se d\u00e9cliner dans les teintes de ciel les plus violettes, et une terre qui tremble sous un vent tellurique. On voudrait \u00eatre \u00e0 la charni\u00e8re des si\u00e8cles, la pr\u00e9sence manquante \u00e0 l\u2019ach\u00e8vement en plus d\u2019en \u00eatre le spectateur.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais on circule sur une route bien faite, avec des lignes jaunes fauves. Sur le c\u00f4t\u00e9, des cl\u00f4tures, et toutes les deux minutes, des pick-up Ford et Toyota nous d\u00e9passant \u00e0 150. Le Grand Nord n\u2019est pas ici, et ce n\u2019est de toute mani\u00e8re pas celui dont on r\u00eave. On met un chapeau sur notre d\u00e9sir de grand explorateur et l\u2019on profite du confort \u00e0 ne pas \u00eatre le premier \u00e0 passer par ici.<\/p>\n<p align=\"justify\">Apr\u00e8s 5 heures sur les p\u00e9dales et une bonne soixantaine de kilom\u00e8tres, je me suis arr\u00eat\u00e9 d\u00e9jeuner dans une cahute au bord de la route. Une cage de bois couverte de t\u00f4les plus ou moins perc\u00e9es au travers desquelles passe la lumi\u00e8re du jour. L\u2019int\u00e9rieur est plus que tamis\u00e9, mais on y voit. Il y a un po\u00eale, un lit couvert de feuilles de journal, et des billes de bois pour s\u2019asseoir. Dehors le vent souffle fort.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je m\u2019ouvre une boite de thon, bois le jus, et \u00e9ventre une tomate avec les dents. J\u2019ai achet\u00e9 quelques morceaux de pain \u00e0 Cerro Sombrero qui ressemblent \u00e0 de la brioche sal\u00e9e durcie.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c7a fait un bien fou d\u2019\u00e9chapper au vent pendant quelques minutes. De s\u2019en extraire. Comme si j\u2019\u00e9tais une peluche \u00e0 la foire et qu\u2019une grue m\u2019avait sorti de mon monde.<\/p>\n<p align=\"justify\">Sur la route, en l\u2019absence de tels abris, on est expos\u00e9s au vent en permanence. Nulle part o\u00f9 aller, tout est plat autour, et cl\u00f4tur\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">On est pi\u00e9g\u00e9s au grand air par l\u2019air soudain un peu trop grand.<\/p>\n<p align=\"justify\">La cabane sent le feu de bois. Derri\u00e8re, des bouteilles de verres ont \u00e9t\u00e9 empil\u00e9es avec plus ou moins de soin, en cassant certaines. C\u2019est fragile le verre. Ils savaient pas. Je fais attention en repartant \u00e0 ne pas crever. M\u00eame sans \u00eatre sur le v\u00e9lo, le poids du chargement seul suffirait.<\/p>\n<div id=\"attachment_1004\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1004\" class=\"size-large wp-image-1004\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2927-1024x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2927-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2927-150x150.jpg 150w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2927-300x300.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2927-768x768.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2927-70x70.jpg 70w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2927-500x500.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2927-800x800.jpg 800w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2927-1000x1000.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-1004\" class=\"wp-caption-text\">Pluie de lumi\u00e8re<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\">Il me reste une petite vingtaine de kilom\u00e8tres avant l\u2019arr\u00eat de bus providentiel o\u00f9 je passerai la nuit. Je me sens fatigu\u00e9 mais relativement de bonne humeur, notamment parce qu\u2019il est encore de bonne heure, \u00e0 peine 13 heures. C\u2019est l\u2019avantage de se lever si t\u00f4t. J\u2019ai pris mon temps pour m\u2019arr\u00eater quand je le souhaitais, faire quelques photos. C\u2019est l\u2019avantage d\u2019\u00eatre en v\u00e9lo.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais le ciel est gris, les stratus stratent le ciel jusqu\u2019\u00e0 saturation sans le moindre stress. Les contrastes manquent, les photos paraissent aplaties et trahissent l\u2019immensit\u00e9 des paysages.<\/p>\n<p align=\"justify\">Au niveau de l\u2019arr\u00eat de bus, la route fait un coude et part plein est. J\u2019aurai alors le vent en plein dans le dos. Les 40 kilom\u00e8tres jusqu\u2019\u00e0 la fronti\u00e8re pourraient se faire en moins d\u2019une heure et demi, sans trop forcer.<\/p>\n<p align=\"justify\">La tentation est forte de br\u00fbler les \u00e9tapes, et comme le premier jour de doubler la mise sans regarder ses cartes. Pourquoi s\u2019arr\u00eater \u00e0 80 kilom\u00e8tres si je peux en faire 120, quasiment sans effort\u00a0?<\/p>\n<p align=\"justify\">Je tente de me raisonner, optant tour \u00e0 tour pour une d\u00e9cision puis l\u2019autre.<\/p>\n<p align=\"justify\">Pour le moment je n\u2019y suis pas au coude de la route, il faut p\u00e9daler.<\/p>\n<p align=\"justify\">La route qui semblait jusqu\u2019alors avoir \u00e9t\u00e9 construite juste pour moi, juste pour ce jour, s\u2019inclinant vent de dos dans les pentes et vent de face dans les descentes, change de cr\u00e9do. Les kilom\u00e8tres apr\u00e8s l\u2019arr\u00eat sandwich sont durs. Plusieurs fois, le vent me d\u00e9porte sur le bas-c\u00f4t\u00e9 gravillonn\u00e9, et je manque de me vautrer dans le foss\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Au kilom\u00e8tre 65, je m\u2019arr\u00eate pour regarder la carte et \u00e7a ne pr\u00e9sage rien de bon. Les 12 derniers kilom\u00e8tres s\u2019enfoncent quasiment plein ouest. J\u2019aurai le vent de trois-quart face, \u00e0 une heure ou deux comme on dit dans les comp\u00e9titions de billard sur gazon.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je fais les derniers kilom\u00e8tres prudemment mais \u00e7a ne sert \u00e0 rien, la route, cette salope, ou le vent, ce salop, ont tourn\u00e9 l\u2019un vers l\u2019autre, ou l\u2019un contre l\u2019autre je ne sais pas. Tout d\u00e9pend du sens o\u00f9 l\u2019on va et d\u2019o\u00f9 l\u2019on part j\u2019imagine.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un dernier virage, et l\u2019asphalte mix\u00e9e au gravier du Golgotha se d\u00e9voile sous mes yeux. Une longue pente, interlope entre le faux-plat et la c\u00f4te, d\u00e9roule son bitume sur suffisamment de distance pour que les voitures qui me doublent ne disparaissent pas tout de suite.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Pas tout de suite. L\u00e0\u00a0? Non\u00a0? Ah non, toujours pas. Elle est longue cette route dis.\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Il pleuvrait que \u00e7a n\u2019en serait pas pire\u00a0\u00bb pensai-je optimiste juste avant de voir un cumulus noir danser sur ses tentacules de pluie \u00e0 quelques kilom\u00e8tres \u00e0 ma droite.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il pleuvrait que \u00e7a serait d\u00e9finitivement pire.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je me colle \u00e0 la t\u00e2che au milieu d\u2019une plaine rase comme la Patagonie sait les faire, et comme la Terre de feu ne se d\u00e9merde pas trop mal pour m\u2019en donner \u00e0 d\u00e9guster jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. C\u2019\u00e9tait beau toutefois. Je ne me lasse pas encore de voir ces herbes rases et jaunes claquer au vent comme des cheveux qui s\u2019abattent sur le front d\u2019un homme qui court.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais ce n\u2019est pas le bon moment pour avoir du vent de c\u00f4t\u00e9 ou de front. J\u2019ai bataill\u00e9 toute la journ\u00e9e pour tenir sur mon v\u00e9lo sans lui faire conna\u00eetre le go\u00fbt des pare-chocs, avant ou arri\u00e8re, je ne suis pas difficile, et tatillon, les \u00e9vite tous. Mais l\u00e0 c\u2019est trop.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019empoigne le vent de toutes mes forces, d\u00e9gommant les vitesses une \u00e0 une au fur et \u00e0 mesure que la pente me s\u00e8che. Elle est bien l\u00e0 la situation, et le petit plateau n\u2019y change pas trop. Je tente de garder mon effort constant, mais les ondulations de la route et les rafales de vent voient les choses d\u2019une toute autre mani\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"justify\">Chaque rafale me d\u00e9s\u00e9quilibre. J\u2019oscille d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019autre pendant quelques secondes, donnant de grands coups de guidons pour r\u00e9tablir le funambule qui vacille et \u00e9viter de passer du bitume au gravier. Car si je quitte la route, je glisse. Il faut alors freiner des quatre fers avant le foss\u00e9, poser pied \u00e0 terre, et se remettre en position pour repartir.<\/p>\n<p align=\"justify\">Lorsqu\u2019un v\u00e9hicule arrive, quel qu\u2019en soit le sens, j\u2019attends qu\u2019il passe. Je ne joue plus.<\/p>\n<p align=\"justify\">Chaque d\u00e9marrage me fusille le genou. Mais je repars, en moulinant, pr\u00eat \u00e0 \u00eatre s\u00e9ch\u00e9 par la rafale qui vient et qui me projettera de nouveau sur le gravier dix m\u00e8tres plus loin.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je m\u2019\u00e9choue et repars. Je m\u2019\u00e9choue encore, attend, puis repars. Encore et encore. Pr\u00eat \u00e0 ce qu\u2019on fasse un jour de petits arcs d\u2019indiens avec mes c\u00f4tes. J\u2019esp\u00e8re au moins qu\u2019on pourra lire en gros d\u2019o\u00f9 ils viennent, putain.<\/p>\n<p align=\"justify\">Parfois je me d\u00e9courage. Tout simplement. Lorsque le v\u00e9lo part en embard\u00e9e et s\u2019\u00e9tale sur le sol. Je crie toute ma frustration au vent qui s\u2019en contrefout et l\u2019emm\u00e8ne crier plus loin. Je m\u2019imagine que j\u2019irai plus vite \u00e0 pied, que \u00e7a serait plus facile, que mine de rien, j\u2019aurais davantage de contr\u00f4le.<\/p>\n<p align=\"justify\">Alors je pose le v\u00e9lo, ou plut\u00f4t mes pieds sur le sol, et je marche, courb\u00e9 au vent, couch\u00e9 sur ma b\u00e9cane, les bras en appui je ne sais trop comment, une \u00e9paule enclench\u00e9e, l\u2019autre en tension, le v\u00e9lo \u00e0 30\u00b0, \u00e0 moiti\u00e9 port\u00e9 par le vent, mais juste \u00e0 moiti\u00e9, et brutalisant mon corps, je me colle d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre contre le sol et le vent pour me glisser entre eux et faire ce qui semblait ici et maintenant impossible \u00e0 quiconque, et bien seul, c\u2019est-\u00e0-dire moi\u00a0: avancer de quelques m\u00e8tres.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le vent soul\u00e8ve jusqu\u2019\u00e0 un certain point le v\u00e9lo pench\u00e9. Le reste du poids repose sur mon bras qui t\u00e9tanise comme \u00e0 dix m\u00e8tres du sol, crant\u00e9 sur sa prise. Il me suffirait de trouver l\u2019angle parfait pour att\u00e9nuer l\u2019effort demand\u00e9 \u00e0 mon bras droit. Mais l\u2019inconstance du vent tacle la th\u00e9orie avec les deux pieds d\u00e9coll\u00e9s. Pas de carton, le jeu continue.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je laisse les pneus sur le bitume et marche sur le gravier, mes baskets glissent, parfois le vent emporte le v\u00e9lo ou le rel\u00e2che compl\u00e8tement dans mes bras, je lutte fi\u00e8rement pour ne pas qu\u2019il tombe, aussi pesant qu\u2019une petite moto, je me cabre, le retiens, arqu\u00e9, \u00e0 la limite, et le remet sur ses pneus, pile au bon moment pour que le gouffre laiss\u00e9 par la rafale suivante l\u2019emporte dans l\u2019autre sens.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019ai du mal \u00e0 comprendre. Il est 13 heures et quelques. J\u2019avais regard\u00e9 les vents \u00e0 cette heure, ils devaient souffler entre 50 et 60 km\/h. C\u2019est beaucoup, mais \u00e7a n\u2019a aucune sorte de point commun avec ce que je suis en train de vivre. J\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre en haut d\u2019un phare en pleine temp\u00eate.<\/p>\n<p align=\"justify\">Une partie de mon casque bourdonne au vent. Je ne sais pas d\u2019o\u00f9 \u00e7a vient, mais c\u2019est excessivement \u00e9nervant. Comme si un frelon avait \u00e9lu domicile dans mon oreille, il y a de la place, et jouait le vol du bourdon \u00e0 la guimbarde. Je l\u2019enl\u00e8ve, le retourne dans tous les sens, en arrache un morceau qui pend, mais le bruit persiste.<\/p>\n<p align=\"justify\">C\u2019est la goutte de vent.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c7a me rend fou.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je fini par l\u2019enlever compl\u00e8tement. J\u2019en ai pas besoin pour marcher.<\/p>\n<p align=\"justify\">Apr\u00e8s une heure et demi d\u2019effort, je n\u2019avais fait que 2 kilom\u00e8tres. Il m\u2019en restait 10, en ligne quasi droite. Le calcul \u00e9tait vite fait.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je me suis arr\u00eat\u00e9 une petite heure, au comble de la fatigue, de l\u2019\u00e9nervement et du d\u00e9sespoir. Le triangle des Bermudes de la frustration.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il faisait beau et j\u2019\u00e9tais partiellement prot\u00e9g\u00e9 du vent par un petit talus. J\u2019ai couvert mon visage de mon buff et me suis endormi, ou presque, j\u2019ai r\u00eavass\u00e9, oubli\u00e9 un instant le vent lancinant et le bourdonnement de mon casque.<\/p>\n<p align=\"justify\">Et puis j\u2019ai ramass\u00e9 mes affaires, lev\u00e9 ironiquement le doigt pour voir si le vent soufflait toujours aussi fort, et j\u2019ai r\u00e9essay\u00e9. Une fois de plus sur la bici. Une fois de plus les bras tendus.<\/p>\n<p align=\"justify\">Sans succ\u00e8s, sans plus de succ\u00e8s, sans la moindre addition de succ\u00e8s par rapport aux tentatives pr\u00e9c\u00e9dentes. Le vent n\u2019avait pas fl\u00e9chi, et mon repos de roseau courb\u00e9 ne m\u2019avait pas rendu plus fort non plus.<\/p>\n<div id=\"attachment_1005\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1005\" class=\"size-large wp-image-1005\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2932-1024x768.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2932-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2932-300x225.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2932-768x576.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2932-500x375.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2932-1000x750.jpg 1000w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-1005\" class=\"wp-caption-text\">On voit bien le vent, l\u00e0, au milieu<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\">R\u00e9sign\u00e9, je tentais de faire du pouce. Je n\u2019allais aller nulle part \u00e0 ce rythme. Je voulais juste qu\u2019on m\u2019avance de 10 kilom\u00e8tres, juste passer cette ligne droite impossible, et repartir du bon pied. J\u2019en avais soup\u00e9 pour la semaine du vent. J\u2019en avais plein les gencives, du persil dans les narines.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les voitures ne se faisaient plus aussi fr\u00e9quentes maintenant que je les attendais.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je repris ma route, arqu\u00e9 contre mon v\u00e9lo comme une c\u00f4te de baleine qui n\u2019en finit pas de s\u2019\u00e9chouer. Un jour, la temp\u00eate la laissera tranquille. La mar\u00e9e baissera pour de bon, et enfin totalement \u00e0 l\u2019air libre, elle pourra s\u2019asphyxier.<\/p>\n<p align=\"justify\">Deux trois bagnoles m\u2019ont d\u00e9pass\u00e9, et puis un Hilux blanc est pass\u00e9 un peu plus lentement. J\u2019ai lev\u00e9 le pouce. Il a frein\u00e9 et a commenc\u00e9 \u00e0 reculer, puis \u00e0 faire demi-tour. La chance, encore. Ou la piti\u00e9. J\u2019\u00e9tais sauv\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Fabio, sa femme et leurs deux petits princes, des argentins en vacance, gentils comme pas 4, apparurent sur leur Toyota blanc.<\/p>\n<p align=\"justify\">On a enlev\u00e9 quelques sacoches, et amarr\u00e9 le v\u00e9lo sur la couverture. Le vent a emport\u00e9 ma gourde dans l\u2019op\u00e9ration, comme un droit de passage pay\u00e9 \u00e0 ce beau diable pour m\u2019en \u00eatre \u00e9chapp\u00e9 si joliment.<\/p>\n<p align=\"justify\">Fabio est fiston d\u2019italiens. Il a un atelier de r\u00e9paration de pi\u00e8ces agricoles et vivent dans la r\u00e9gion de la Pampa, \u00e0 500 kilom\u00e8tres de Buenos Aires, au milieu des champs et des exploitations qui les font vivre. Les 15 premiers jours de janvier, c\u2019est la saison basse. Une courte saison basse. Entre la r\u00e9colte de bl\u00e9 et les semis de soja. Ou l\u2019inverse.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ils en ont profit\u00e9 pour faire ce grand voyage dont ils r\u00eavaient depuis 15 ans. Ils l\u2019ont pr\u00e9par\u00e9 maintes fois mais ne sont jamais partis. Depuis 15 jours, avec leurs deux grands fils, Leandro et Dante, ils ont descendu la route 40 le long de la cordill\u00e8re, sont all\u00e9s randonner \u00e0 Torres del Paine, et visiter Punta Arenas. Ushua\u00efa est leur derni\u00e8re \u00e9tape. Dans quelques jours, ils rentreront \u00e0 la maison, 3000 kilom\u00e8tres plus haut. 3 pleins d\u2019essence et deux jours de route.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je me suis laiss\u00e9 emporter un peu plus loin que le coude de la route. Un peu plus loin que la fronti\u00e8re. Ils m\u2019auraient emmen\u00e9 directement \u00e0 Ushua\u00efa les sacripants si je ne leur avais pas dit de s\u2019arr\u00eater avant. Il fallait garder un peu de myst\u00e8re. Je voulais faire la partie finale en v\u00e9lo tout de m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ils m\u2019ont d\u00e9charg\u00e9 250 kilom\u00e8tres plus loin \u00e0 Tolhuin. L\u2019une des trois villes argentines en terre de feu, avec Ushuaia et Rio Grande.<\/p>\n<div id=\"attachment_1008\" style=\"width: 1034px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1008\" class=\"size-large wp-image-1008\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2940-1024x768.jpg\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2940-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2940-300x225.jpg 300w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2940-768x576.jpg 768w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2940-500x375.jpg 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2940-1000x750.jpg 1000w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2940.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><p id=\"caption-attachment-1008\" class=\"wp-caption-text\">Les sauveurs du jour<\/p><\/div>\n<p align=\"justify\">Il y a encore une trentaine d\u2019ann\u00e9es, il n\u2019y avait presque rien ici. Et puis Emilio y a install\u00e9 une boulangerie. La boulangerie. \u00ab\u00a0La panaderia La Union\u00a0\u00bb \u00e9tait le seul arr\u00eat entre Rio Grande et Ushua\u00efa pendant des ann\u00e9es. Quand il neige, l\u2019hiver, \u00e7a en fait un sacr\u00e9 bon emplacement. L\u2019affaire a connu un succ\u00e8s ph\u00e9nom\u00e9nal et a rendu l\u2019homme multi-millionnaire.<\/p>\n<p align=\"justify\">Passionn\u00e9 de v\u00e9lo, il a am\u00e9nag\u00e9 une partie de son entrep\u00f4t pour le mettre \u00e0 disposition des voyageurs \u00e0 deux roues. Ici, ils y ont acc\u00e8s \u00e0 un lit, une douche chaude, et des p\u00e2tisseries \u00e0 volont\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">La c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 fut \u00e9galement imm\u00e9diate de ce c\u00f4t\u00e9 l\u00e0. C\u2019est un arr\u00eat quasi-obligatoire pour tous les cyclistes parcourant cette partie du monde, et ceux qui ont les poches vides peuvent travailler dans la boulangerie pour se renflouer un peu.<\/p>\n<p align=\"justify\">Remontant rapidement sur mon v\u00e9lo, du pick-up au pick-down, je fus accueilli par mes camarades, et m\u2019enfournai une collier de p\u00e2tisserie pour r\u00e9conforter mon petit c\u0153ur meurtri.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019avais fait 70 kilom\u00e8tres, mais surtout 2 qui en valaient mille.<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019avais trich\u00e9, un peu, beaucoup, passionn\u00e9ment, pas du tout, et me demandais quel cycliste je faisais, avec ces genoux, et ce parcours pour le moins h\u00e9t\u00e9roclite.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais je n\u2019entendais plus le vent souffler, pour quelques heures, au moins, je m\u2019en \u00e9tais extrait, et \u00e7a c\u2019\u00e9tait bien.<\/p>\n<div id=\"attachment_1009\" style=\"width: 587px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1009\" class=\"size-large wp-image-1009\" src=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2942-577x1024.png\" alt=\"\" width=\"577\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2942-577x1024.png 577w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2942-169x300.png 169w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2942-500x888.png 500w, https:\/\/duventdanslespantoufles.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/01\/IMG_2942.png 640w\" sizes=\"auto, (max-width: 577px) 100vw, 577px\" \/><p id=\"caption-attachment-1009\" class=\"wp-caption-text\">J&#8217;ai regard\u00e9 les rafales en rentrant, \u00e7a se rapproche du phare.<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jour 3\u00a0: Cerro Sombrero\/Cerro Sombrero J\u2019avais attach\u00e9 les cordes de s\u00fbret\u00e9 de ma tente autour de certains poteaux du deck de bois, en les laissant toutefois ais\u00e9ment enjambables pour ne pas d\u00e9ranger la personne qui viendrait ouvrir les toilettes publiques \u00e0 9 heures. 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