Du vent dans les pantoufles
Buenos Aires : fraction d’une image
15 Déc 2017

Buenos Aires : fraction d’une image

Post by Emile

A quoi pense-t-on quand on arrive à Buenos Aires ?

Avant de monter dans l’avion ?

Quand on y part ?

Quand on sait que l’on va y être, bientôt ?

Quand on se figure, à distance, le film de notre première promenade dans les rues. Une caméra plongeante, à hauteur de lampadaire, accompagnant avec lenteur notre démarche de mire-à-tout ?

Nous sommes sur le trottoir d’une rue passante du centre, bondée d’Argentins, de Portenos, comme on appelle les parisiens d’ici. C’est l’heure de pointe entre une et deux. Des jeunes en costard, suivent le rythme de toutes les capitales du monde et nous doublent, pressés d’aller déjeuner dans un petit restaurant typique où l’on pourra, soudainement comme un feu prend, écarter les tables et danser un tango au pied levé.

Ils ont le visage fin, des cheveux noirs ou châtains, légèrement bouclés et des nez droits. Ils s’étalent comme si le trottoir était leur scène, marchent en riant avec les mains et s’arrêtent parfois pour admirer l’un des leurs, plus expressif encore, mimer comment son père a foutu le voisin dehors la veille au soir.

Cette ville, c’est la leur. Plus vraiment étudiants, pas encore travailleurs, ou presque car tout le monde a un petit boulot ici, ils parlent fort et font voir à la rue de grandes dents blanches virevoltantes. C’est la jeunesse qui se couche à sept heures, qui boit le monde dans le goulet de ses cernes et l’embrasse allègrement.

Un passant plus âgé rêve d’espadrilles pour ses pieds de transfuge. Rat des champs devenu souris grisonnante.

Une guitare triste se cache dans sa poche de pantalon. Il nous paraît déguisé, affublé d’un équipement encombrant, un scaphandre moderne contraignant sa nature sauvage d’ancien gaucho. A l’évidence, il s’en gratte une et tape du pied après le dessert.

Pollution andalouse, mais l’imagination s’en tire bien.

Sans à-coups, la caméra glisse et traverse des branches d’arbres où pépient en couleur des oiseaux jamais vus. Un pigeon ou deux, c’est une grande ville. Les plus colorés, sauvages, s’envolent. On les suit, jusqu’à ce que le soleil se reflète en planètes roses sur la pellicule.

Au coin de la rue, l’Esquina, splendide. Des chaises sont de sortie et célèbrent le savoir-vivre terrassier de l’époque où Paris crachait des cafetiers gentils. Une glycine retombe sur le passant qui s’arrête prendre une bouffée à la dérive, écouter cette femme qui chante pour nous tremper de larmes. Ce sourire, le même que Line Renaud. Les billets doux tombent comme des feuilles, ils sont verts jaunes violets et bleus. Lui, emporte son parfum avant de repartir. Il tourne au coin, la guitare dans sa poche soupire, et entre dans un immeuble à façade de marbre. Nom de l’architecte : Aquilino, 1947. Dans le hall un grand escalier en pierre, central, il fait frais et sombre, on se croirait dans une tombe, on meurt un peu à fuir l’été. Ce n’est pas notre direction, on vire de bord. Passage au dessus de son chapeau, avant que la lourde porte cliquette, on accélère et l’on s’élève.

Une vue d’ensemble, on cherche une vue d’ensemble. La rue est animée. C’est l’Amérique du Sud, on se rappelle, l’Amérique latine. Un bruit de bourdon, des voix portent aux portes, des klaxons entre les cris. Des indiens en poncho laineux multicolores et chapeau melon sont assis sur une cagette et vendent sur deux autres boîtes, des sachets d’herbes médicinales. Dans des coupelles d’acier plus ou moins grandes s’entassent des terrils d’épices ocres et pourpres. Sur d’autres tables, l’aventure prend à la gorge et l’Amazonie s’infiltre dans la capitale. Des bocaux de serpents dans un alcool clair laissent entrevoir un entrelacs de petites têtes en pointes de flèche et de corps rayurés aussi fins qu’un spaghetti trop cuit. Il y a tant de monde sur le trottoir, tant d’étals, que l’on peine à avancer. Notre conscience saute de caisse en caisse. La Super huit la suit et glisse d’un trottoir à l’autre comme un petit train d’attraction fait de douces montées et descentes. On s’attendrait presque à voir surgir un vieux barbu au coin de la rue, tirant par la laisse un tigre du Bengale.

Non c’est trop. On n’y est pas. C’est la Bolivie et l’Inde qu’on se représente. Le Vietnam, aussi, peut-être, à la rigueur. Mais Buenos Aires, non. Buenos Aires s’éloigne, se diffracte dans l’air. On ne distingue plus le vrai du faux.

L’image s’altère.

Flou.

On dirait que le Géo dans les toilettes nous a flingué les méninges. Il faut qu’on se reconcentre.

Des tôles. En lieu et place de murs, de grands panneaux colorés, peints en jaune, rouge, bleu et vert. Les couleurs sont savamment orchestrées, elles se jouent du bout du bec et s’alternent à la baguette. Un carré bleu cerné de rouge répond au carré vert cerné de bleu, qui précède le rouge cerné de vert. Géométrique, simple, mais beau.

Notre œil passe d’une tôle à l’autre, puis recule. C’est de l’impressionnisme expressionniste. Les fenêtres n’ont pas de balcon mais sont ouvertes, vers l’extérieur. On les regarde d’en bas, à hauteur d’épaule. On aurait peur d’y voir le vide en s’y penchant, décor de cinéma, tôle en buvard de taulier qui s’éponge, du rougeaud au verdâtre, quartier en carton-pâte. Alors qu’elles recèlent du linge qui sèche, à coup sûr, par kilos entiers, suspendus, plus blanc que la chaux. Une guirlande de vieilles chemises. Une culotte par-ci par-là.

C’est familier, attendrissant.

Un homme s’y accoude, il y a donc un plancher, mais l’on résiste à monter. D’en haut il nous regarde, ses yeux sont noirs et ses joues flageolent sous le poids du temps plus que de sa barbe noire, qu’il a récente et piquetée. Il fume et regarde dans le ciel quelque part. On ne l’a pas intéressé très longtemps, ou plus. Les gens comme nous, il les souffle. Dans la fumée de sa cigarette, ils s’échangent et le regardent toujours, alors il souffle, jusqu’à ce que ce grand manège s’épuise, que son maillot de corps blanchot, flotte comme un drapeau et claque au vent du soir. Que son paquet bleu roi, léger comme le ciel, tombe du rebord et ajoute à la rue le picot d’un pinceau. Alors il se redresse. La peau de ses coudes se craquelle. On les entend claquer comme des vertèbres. Il disparaît derrière les rideaux de linges blancs que la nuit a foncés.

Dans la rue, les talons s’éloignent dans une valise de cuir. Eux qui claquaient contre les pavés tapotent doucement contre les parois souples. Un pas cahin, l’autre caha. Il y a une belle robe verte avec, cintrée puis volante, émeraude sertie, ou sombre de velours. A côté, deux paires de jambes, et une autre valise, plus grosse mais moins chargée. En cuir aussi. Un chapeau et une veste, noirs, simples. Un pot de gomina et des souliers talonnés. Les mains sont à elles-mêmes, c’est qu’elles se tiennent tout le jour durant, quasi, ou la hanche, ou l’épaule. Elles simulent ce qu’elles montrent, virevoltent comme les dents du midi qui criaient leur jeunesse. Les mâchoires se reposent, on parle à demi-mot pour se dire au revoir. A demain, ou à ce soir, des collègues peut-être un couple. Les danseurs tanguent bien droits jusqu’à chez eux. Fatigués de sourire, fatigués de poser, de balancer un pied entre une entrecôte à l’asado et une salade méditerranéenne pour la quatre. De porter le genou sous le plateau de Fernet, l’épaule sur l’américain, l’esprit sur l’argent.

Le serveur range sa carte d’un mètre de large. Il sait dire « bonjour, pour manger, par ici s’il vous plaît » en 13 langues. Ça suffit, les touristes n’en ont que pour les prix de toute façon, et ils changent tous les jours. La plupart du temps, on le remercie de la main, comme si l’on effaçait un tableau. Parfois il confond les Israéliens et les Français, mais généralement il arrive à deviner qui est qui.

En rentrant le soir, il ne parle pas, pas même à demi-mot. Il n’interpelle personne. Il voudrait que quelqu’un s’arrête de lui-même et vienne l’interpeller lui. Qu’on l’appelle de loin, et qu’on lui coure après. Qu’on dise « Hola, Señor. Señor ! » dans son dos. Qu’on insiste. Comme s’il avait laissé tomber quelque chose. Il faudrait le mériter. Qu’on le rattrape et qu’il décide pour une fois s’il a envie d’entendre ce qu’on a à lui dire. Lui aussi pourrait remercier de la main et refuser à son interlocuteur le moindre regard. Continuer son chemin et l’oublier.

On s’élève de nouveau. Les épaules des travailleurs semblent fusionner avec le sol. Plus aucun touriste. Caminito, ce n’est pas si grand. Tant de couleurs, juste pour eux. Au début, l’opération a pu paraître bizarre, car La Boca, c’est avant tout des tours et des barres, bien grises celles-ci, encerclant le stade comme le joyau d’un nid de travailleurs humbles et butinants. Mais les couleurs de Benito Quinquela Martin se sont imposées. La rue d’anciennes habitations collectives insalubres réservées aux immigrés européens à peine arrivés, est devenue un musée à ciel ouvert, nourrie d’œuvres diverses et de la fierté de ses habitants. Les touristes ont commencé à affluer et le business a saisi l’aubaine au vol, d’une main agile, presque invisible.

La richesse qu’ils amènent est à la fois bienvenue et pesante. Ils veulent de l’authentique, alors on leur en fabrique. Tout est vrai, made in où vous voulez. Le barrio en a besoin. Petite prostitution quotidienne des cultures pour ceux qui n’ont pas le temps, veulent l’essentiel, le Reader’s Digest d’un pays, son âme, en paillettes liquides, prêtes à consommer, prêtes à porter, multiples facettes de boules à paraître.

S’ils ne se contentent pas de la façade, c’est à leurs risques et périls. Parallèle à l’avenue, les vols sévissent. On sort des immeubles et on y remonte, pas vu, pas pris. Alors la police veille, nous enjoint d’un sourire paternel à rester dans la lumière des lampadaires et le boucan des bus qui passent. On se sent comme en cage. Ou bien à l’extérieur mais en face d’elle. On ne sait plus très bien.

La réalité est de l’autre côté, véritable et tranchante. On revient vers l’avenue, frustrés mais compréhensifs. C’est un quartier pauvre, pas un parc d’attraction. Le voyeurisme a un prix, de l’appareil photo au kidnapping. C’est ainsi.

Exemptés de souffrance humaine, il faudrait en plus avoir le droit de disséquer à loisir celle des autres ?

Tout n’est pas à vendre.

Lorsque les touristes partent, partout, le quartier se remballe et s’assouplit. De nouveau entre soi. On compte les épinards et les grammes de beurre à dépenser pour l’équipe qui nous le rend si bien. Les dimanches, juste après la messe, fleurissent les maillots bleu et jaune à la mode de Stockholm.

Ça remonte à longtemps, quand l’équipe fut créée. La bannière, blanc sur blanc, réclamait un excès. On s’en alla au port, comme on va aux nouvelles, S’inspirer des blasons, de proues de caravelles. Et sonnant la cloche fine, l’ancre au col, mâté haut, la moustache d’un galion louva son pavillon. A l’amarre le suédois, fit jaunir sa bleue croix. Sacre mieux, quelle bannière ! Quel drapeau ! Quel beffroi !

L’équipe, c’est la fierté des boteros (bouses de vache), des bolivianos (par l’origine des supporters), des bouseux en somme. Des maçons qui se lèvent tôt pour aller plonger les ongles dans le ciment froid. Des pantalons troués. Des chemises qui s’effilochent et des maillots de corps qui flottent au vent. L’équipe, c’est la fierté d’un peuple qui, droit et probe, à travers le foot, prend sa revanche contre l’argent.

Des drapeaux flottent au vent, des maillots, des fanions. Jusqu’aux papiers des gâteaux, emballés de jaune et bleu. En croix. Comme s’il y avait là-dedans, quelque chose de religieux.

Un bruit sourd. Comme un claquement étouffé par la distance. Comme un rouage qui se grippe en fond de cale. L’image se fige.

Décompression. La capsule expire tout l’air de son petit poumon vitré.

Réalité.

L’image se dégrippe. Une autre image, familière cette fois. Cette fois-ci, l’on voit. Pas depuis un lampadaire, ou depuis notre épaule. On voit avec nos yeux.

« Comment c’était ? »

« Tout. Faux. »

« Ah… »

« Sauf Caminito. C’était bien Caminito. Très enlevé, chatoyant. Le reste c’est à jeter. »

« Oui…merci. »

« A. Jeter »

« C’est que j’ai lu un article il y a pas longtemps… »

Elle réfléchit en se caressant la barbe du bout des doigts.

« Oui…Sur La Boca seulement. Le reste. C’est. A. Jeter. »

Je ne sais pas si elle m’entend. Je suis peut-être encore dans la machine.

« La prochaine fois essayez de vous renseigner un peu plus. Des dérives de continent, on en veut pas. C’est éliminatoire. »

« Oui… Excus… »

« Même plus qu’éliminatoire » me coupe-t-elle dans son élan.

J’ai du mal à imaginer ce qui pourrait être « plus qu’éliminatoire ».

« Excusez-moi, ça ne se reproduira plus »

« C’est pour vous. Moi je m’en fous. »

Elle fait claquer son stylo contre le bureau en métal.

« La semaine prochaine, Téhéran. »

Téhéran… Je suis mal barré.

J’aurais dû commencer Buenos Aires autrement. A petits pas. Par le début.

Il est impossible d’avoir une vision exhaustive d’une ville monde. On s’y promène par impressions. On se sème autant qu’elle nous marque de son empreinte.

En arrivant à Buenos Aires, on confronte nos attentes à une certaine réalité, mouvante.

Les danseurs de tango que l’on s’attend à croiser à tous les coins de rues, beaux, brillants, vifs et droits, s’absolvant de la ville dans les yeux de leur partenaire, suivant leur petite musique interne, ne sont pas là.

On les cherche. On trébuche sur notre aorte à chaque carrefour. Peut-être que cette rue ? Non… Derrière cet immeuble qui gratte l’horizon ? Non plus… À l’angle du parc, sûrement ? Ils doivent être là, s’ils existent, ils ne peuvent être que là.

Mais non. Encore non, toujours non. Non, non et non. Pas le moindre danseur libre, spontané. J’ai cherché. Pas trouvé.

On en croise quelques uns, je ne dis pas. Des lustrés, bien équipés pour le public. Ils prêtent leur veste, leur chapeau et leur demoiselle pour le vieux souriant qui marchande ses souvenirs.

Mais on est déçus, pour sûr. Ça nous fout un sacré coup. Alors tel Rocky, il faut rebondir. Toucher le tapis pour mieux se relever et affronter la réalité telle qu’elle est.

Avant que mes expectations ne se prennent une nouvelle tôle sur Téhéran, il est temps de parler réellement de Buenos Aires.

Ou du moins de mon Buenos Aires. Je me suis promené dans les rues pendant une petite semaine, parfois dans des endroits relativement inintéressants, comme il y en a partout. Loin du moindre point touristique notable sur les cartes de la ville, surplombé d’une bretelle périphérique, l’air jonché de particules plus très fines. Des endroits franchement moches, banlieusards, sans le moindre signe distinctif autre que leur spécifique absence d’intérêt. Où l’on y marche quand on s’y perd, ou en ligne droite, pour rallier un point à un autre.

Des endroits où la ville existe pourtant, où elle bat réellement. Des maisons où des gens vivent, des locaux, pas des visitants qui arrivent, passent la nuit, payent et repartent. Avec des petites épiceries au coin de la rue où l’on connaît le goût de la patate qui y est vendue parce que c’est toujours la même qu’on achète. Où les gamins jouent dans la rue, parce qu’elle est pleine de fenêtres et qu’il y a au moins un parent qui les surveille du coin de l’œil.

Buenos Aires est une ville immense. Douze millions d’habitants plus ou moins. Les chiffres chiffrent. C’est un amas de quartiers collés les uns aux autres jusqu’à perte de vue.

L’espace y semble plus grand qu’en Europe. C’est l’Amérique gamin.

Buenos Aires, c’est New York, et Paris, l’Italie et Berlin. Les rues sont à double sens, mais six fois, et les bus semblent cubains. Tout en couleurs, tout en boursouflures de carrosserie. Sur les vitres, des écriteaux justifient la baisse de la qualité des services par les coupes budgétaires du gouvernement. On s’imagine que le gouvernement raisonne en sens inverse. Sur les quais, les passagers respectent l’ordre d’arrivée et se rangent en file indienne parallèle à la route. Pour laisser de la place à ces files, les arrêts s’égrainent le long de l’avenue. Pas plus de trois bus à chaque stop, et encore.

On se tapote sur l’épaule pour demander « che », si ça fait longtemps qu’on attend, s’il va finir par venir ce bus, ou s’il vaut mieux marcher. Il y en a tant d’autres qui nous filent devant le nez, tant de numéros. On guette le nôtre, le cou long, comme un nyandu dans la pampa, une autruche rabougrie. Comme des parents à l’arrivée du car au retour de la classe de neige.

Où qu’il est le mien, qu’est-ce qu’il fout, toujours en retard, moi qui lui avais fait une coupe budgétaire au bol pour le reconnaître de loin, et cousu des étiquettes gratte-cul dans des slips à son nom, qu’est-ce qu’il fiche, vous l’avez pas vu, dites ? Le vôtre, il est arrivé le vôtre ? Ces nids à microbes, je vous jure, à vous rendre fous.

Plaza Italia, au sud de Palermo, il y a le jardin botanique et le jardin zoologique. Et près des longs quais de bus, qui semblent interminables tant le premier à s’arrêter doit de nouveau marquer l’arrêt une fois passés ses confrères, des cahutes de bouquinistes dégorgent sur le trottoir central. Au rythme des sémaphores, la faune urbaine s’ébroue, démarre en pétaradant, se klaxonne, somme toute assez peu, et enfume uniformément les grands noms de la littérature et les plus petits.

Dans des caisses sur pilotis, que d’aucuns aux traits hauts très tôt traitent de tréteaux, se côtoient les sociologues et les économistes, les philosophes et les historiens. Très peu de romans de gare aux noms anglais mal traduits, mais des grands auteurs argentins et internationaux. Un régiment de savoir en ordre de bataille intellectuelle soigneusement protégé par une couverture plastique qui affriole le chaland et invite le grognard mal lettré à aller se moucher ailleurs s’il y est.

Comparée au Brésil, l’Argentine déambule d’un ton professoral entre ses colonnades latines qu’en ce continent tout le monde lui envie. L’architecture de Buenos Aires est un fourre-tout merveilleux. La fac d’ingénierie fait de l’œil au Parthénon, le ministère de l’économie, avec ses portes blindées dorées, à Gringotts, la casa Rosada du gouvernement à quelque bijou renaissance de Florence.

Pas piqué des hannetons, mais des grecs, un peu.

Un Monsanto new-yorkais semble avoir dopé les immeubles Haussmanniens. On en retrouve le toit de zinc, tout ce qu’il y a de plus semblable à Paris, dix, quinze, trente étages plus haut, et je m’attends, le cou tendu vers la mince gouttière que l’on a jugé bon de reproduire sans penser que la pluie puisse venir à tomber de plus bas, à voir débarquer le bateau des Monty Python, prêts à jeter des assureurs pleins de papiers par les fenêtres de Wall Street.

La ville est également parsemée d’édifices militaires. Des policiers solitaires font le piquet à l’angle de certaines rues, et le soleil printanier donne aux pelouses rases des casernes, une douceur que l’on aimerait leur voir arborer en haut des mâts bleus et blancs. De jeunes militaires à la porte montent la garde en riant. Il fait bon.

Telle une ville thermale les-Bains, l’atmosphère tranquille de Buenos Aires s’expose dans son nom même. Une douceur de retraite sud-américaine, tempérée, à l’européenne. Des parcs et des rues où il fait bon déambuler sans but par beau temps et brise légère.

En blanc détaché sur du bleu foncé, une représentation des Malvines (îles Falklands pour les veaux à la menthe) les affirme argentines malgré ce qui est écrit sur toutes les cartes du monde.

Sur une des pelouses, un officier en jaquette, bottes d’équitation, cheveux ras sous képi à écussons, épaulettes brillantes, fait les deux ou trois cent pas, d’une manière peu cavalière pour un homme de son état. Il a les mains jointes derrière le dos, et se tapote l’omoplate à l’aide de sa cravache. Ça sent le crottin de cheval, odeur familière de la maison, il fait bon, je suis heureux.

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